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Pendant près de vingt, quatre heures, l’information a fait l’ouverture des journaux télévisés et de la presse écrite : après l’attentat de la rue des Rosiers, le 9 août 1982, le patron d’alors de la DST, Yves Bonnet, aurait négocié un accord avec le groupe du terroriste pro-palestinien Abou Nidal pour éviter d’autres attentats.

A l’origine de ce scoop, popularisé par l’Agence France-Presse : « Le Parisien » daté du 9 août dernier 2019.

Dans un long article, ses auteurs affirment s’appuyer sur le procès-verbal de l’audition d’Yves Bonnet, le 30 janvier dans le bureau du juge d’instruction chargé de l’enquête. Et assurent qu’Yves Bonnet, contacté par « Le Parisien », a assumé ce « pacte », destiné, selon lui, à « assurer la sécurité des Français ».

Toujours dans le même article, Yves Bonnet affirme avoir fourni au juge des détails sur ce mystérieux pacte. Et en avoir informé Gilles Ménage, alors directeur de cabinet de François Mitterrand, avant d’ajouter qu’officiellement « l’Elysée ne savait rien ». Ces déclarations à peine publiées, les avocats des victimes de l’attentat montent au créneau et dénoncent « une affaire d’Etat ».

Seul Me Alain Jakubowicz exprime des doutes : « J’observe que, contrairement à cet éventuel pacte, la justice française a pu faire son travail : on a identifié les membres du commando, on les a localisés, émis des mandats d’arrêt en 2015. » Puis il précise : « Si ces gens ne sont pas jugés, ce n’est pas, du moins en apparence, à cause de ce pacte, mais faute d’obtenir leur extradition. » Quant à Gilles Ménage, il n’y a aucun risque qu’il puisse confirmer ou démentir Yves Bonnet : il est décédé le 5 juillet 2017.

Affaire d’État ?

Le lendemain, le 10 août, paraît « Paris-Normandie », qui publie à son tour une longue interview d’Yves Bonnet. Il y réfute tout ou presque de ce qui a été raconté par « Le Parisien ». Les faits, d’abord : « Je n’ai jamais rencontré Abou Nidal ni ses affiliés (…). Et il n’y a pas eu de pacte. » Puis l’ancien patron de la DST donne sa propre version de son audition par la justice, et elle n’a rien à voir avec celle exposée par « Le Parisien » : « Très courtoisement, j’ai essayé d’expliquer au juge que j’étais directeur d’un service de sécurité (…), que, assurer la sécurité, cela pass[ait] par la non-commission d’attentats sur le territoire et que, si cela passait par autoriser deux types à en visiter d’autres en prison, j’étais d’accord. Mais jamais il n’y a eu autre chose. »

Visiblement sidéré par ces démentis, le journaliste de « Paris-Normandie » demande alors à l’ancien préfet, patron de la DST, qui fut aussi député UDF entre 1993 et 1997, s’il a bien été interviewé par le confrère de la capitale. Et, là, Yves Bonnet éructe : « Vous les appelez des « confrères » ? Un journaliste qui publie ça sans vérifier ses informations ! Je n’ai pas lu cet article. » Quand arrive cette précision : « Je démens avoir été contacté par le journal. Les seuls qui m’ont contacté sont une chaîne de télévision et vous. »

Parole contre parole

Ces démentis, l’Agence France-Presse, qui a pourtant consacré une longue dépêche à l’affaire, n’en fera pas état. Pas plus que « Le Parisien ». Silence radio et télévisuel. « Le Canard » a alors demandé aux journalistes du « Parisien » s’ils maintenaient leurs informations. La réponse est oui. Ils affirment posséder la preuve que la transcription des propos d’Yves Bonnet parue dans leur journal est exacte et maintiennent qu’ils lui ont bel et bien téléphoné, le 6 août à 19h 48, pendant 9 minutes et 43 secondes.

Soucieux d’en savoir un peu plus, « Le Canard » a demandé à d’actuels ou d’anciens hauts responsables qui ont été chargés de ces questions de sécurité s’ils avaient eu vent d’un tel « pacte secret ». Tous, de Brice Hortefeux à Manuel Valls en passant par Michel Charasse, affirment n’en rien savoir. Comme Emmanuel Macron, qui souligne : « Je n’ai jamais eu connaissance de quoi que ce soit de ce type. » François Hollande, lui, est encore plus direct : « Je pense qu’Yves Bonnet est un affabulateur. »

« Un affabulateur » qui, dans la torpeur du mois d’août, occupe la une de la presse et dont les démentis sont passés sous silence. Il ne s’agit jamais que d’un attentat qui a causé 6 morts et 22 blessés.

Comme toujours dans ce genre d’information nous nous devons de nous poser la question, qui est derrière cette information et a qui profite ce genre d’information … Attendons la suite. MC


Article non signé. Le Canard enchaîné. 21/08/2019