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À en croire des documents publiés par « The Sunday Times » dimanche 18 août 2019, le gouvernement britannique s’attend à de très fortes perturbations en cas de sortie de l’UE sans accord.

Une fuite qui affaiblit la crédibilité de la stratégie du Premier ministre conservateur.Le feuilleton du Brexit a enregistré un nouvel épisode dimanche 18 août : Operation Yellowhammer, ou « opération Bruant jaune » en français. Un nom d’oiseau. Le code, surtout, donné à la cellule gouvernementale chargée d’atténuer les effets sur le pays d’une sortie de l’Union européenne sans accord. Et par extension, au rapport officiel dévoilé dans la presse britannique ce week-end. 

Publiés in extenso par The Sunday Times, ces documents étaient frappés « du sceau de la confidentialité et n’étaient pas censés sortir d’un cercle restreint des ministres ». Leur fuite constitue un événement « sans précédent », insiste l’hebdomadaire : « Compilé ce mois-ci par les services gouvernementaux, le dossier explique que le grand public et les entreprises restent mal préparés à une telle issue. » À en croire l’édition dominicale de The Times, les autorités s’attendent entre autres :

  • au retour d’une frontière dure entre l’Irlande et l’Irlande du Nord ;
  • à des perturbations majeures pendant trois mois dans les ports britanniques ;
  • à des incidents entre bateaux de pêche britanniques et européens ;
  • à la fermeture de deux raffineries, menant à la suppression de 2 000 emplois ;
  • à des manifestations nécessitant une augmentation des effectifs policiers ;
  • à une hausse du prix de la nourriture.

Un timing curieux pour l’entourage de Johnson

 […] Un moment un peu trop bien choisi, au goût de Boris Johnson, qui s’en est pris à certains ministres europhiles du gouvernement précédent.

Selon l’entourage du Premier ministre, cité par The Daily Telegraph, contrairement à ce qu’affirme The Sunday Times, « ces documents ont été rédigés sous Theresa May et ont été communiqués à la presse dans le but de contrecarrer l’objectif de renégociation de l’accord de divorce avant le 31 octobre », date officielle de sortie du bloc.

[…]

Un décret crucial signé par le ministre du Brexit

Pour la presse europhile, ces prédictions alarmistes doivent inciter le gouvernement à conclure un accord avec Bruxelles. « Un deal serait préférable à une absence d’accord pour toutes les parties concernées, à l’approche des dix dernières semaines qui précèdent notre départ de l’UE. Pourtant, de part et d’autre de la Manche, l’espoir d’un accord semble s’être évanoui », souffle, presque résigné, The Times.

Dans les colonnes de The Observer, le chroniqueur Matthew d’Ancona somme les députés de « faire tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter une sortie sans accord. Je ne porte pas Jeremy Corbyn dans mon cœur, mais si Boris Johnson est renversé par un vote de défiance en septembre », alors le leader travailliste « se retrouvera au centre du jeu. Les libéraux démocrates et les rebelles conservateurs ont fait une erreur en refusant a priori sa main tendue » le 15 août, en vue de la formation d’un gouvernement « anti-no deal ».

[…]

Le chemin vers un divorce consommé “coûte que coûte” à l’automne, comme le souhaite Boris Johnson, semble quoi qu’il arrive tout tracé : dimanche 18 août 2019, le ministre du Brexit a officiellement signé le décret qui scellera la fin de la primauté du droit européen sur les lois britanniques… à compter du 31 octobre 2019.


Courrier International. Titre original français : « Brexit : le rapport alarmiste qui complique la tâche de Boris Johnson ». Source (Extrait)