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Ces chiffres qu’ils cachent volontairement sont bien « Les dividendes de la discorde » entre les besogneuses et besogneux du quotidien et le petit groupe qui s’enrichit sur leur dos. Et vous vous étonnez messieurs les actionnaires et nos gouvernants que la France besogneuse gronde ! MC

La France, championne d’Europe 2019 des dividendes.

Le dernier rapport du cabinet Janus Henderson, qui publie depuis dix ans un indice pour « dégager des tendances » sur la rémunération des actionnaires, affirme que l’Hexagone est « le plus grand payeur de dividendes en Europe ». Et « de loin », précise-t-il.

Au seul deuxième trimestre de 2019, les entreprises françaises ont en effet versé 51 milliards d’euros à leurs actionnaires, un chiffre en hausse de 3,1 % par rapport à 2018.

Janus Henderson explique que cette croissance est notamment due à la progression d’un seul groupe, le spécialiste du luxe Kering (Yves-Saint-Laurent, Gucci, Pomellato, Boucheron…) qui a connu « une forte hausse de ses bénéfices ».

Mais la plupart des sociétés tricolores (le cabinet analyse les 1.200 plus importantes entreprises cotées en bourse dans le monde) voient leurs dividendes augmenter. Seule EDF en a versé moins que l’an dernier. Quatre fleurons hexagonaux font même partie du Top 20 mondial : le spécialiste des médicaments Sanofi (3e place), la banque BNP Paribas (5e, le mastodonte de l’énergie Total (10e), et l’assureur Axa (16e).

À ce jeu-là, la France est désormais intouchable au niveau européen.

L’Allemagne à versé sur la même période « seulement » 38,5 milliards de dollars de dividendes, le Royaume-Uni 35 milliards. Surtout, la progression française est impressionnante.

En 2013, la France était encore derrière l’Allemagne pour ce même classement. Depuis; elle a vu les versements de ses dividendes bondir de près de 60 %, quand la moyenne continentale se situe à 24 %.

Bien que ces statistiques, issues d’une étude de cabinet privé, soient à prendre avec une certaine précaution, elles confirment la rentabilité de ces placements financiers, et le fossé qui se creuse entre investissement et salaire.

Car au moment où ces revenus du capital explosent, ceux du travail suivent une courbe nettement plus plate, en France en tout cas. Entre 2018 et 2019, les salariés payés au Smic ont ainsi dû se contenter d’une revalorisation de… 1,5 %.

Et selon l’Insee, le salaire moyen n’a progressé que de 1,7 % en France en 2017, puis de 2 % en 2018. La hausse devrait être à peine plus élevée cette année. Le tout avec une inflation qui s’est redressée l’an passé (1,8 %) après être restée faible plusieurs années de suite.

Double discours

Ces statistiques tombent à point nommé, à l’heure où les grands de ce monde ont mis les inégalités au menu du G7, qui se réunit à la fin de la semaine. « Les dividendes versés au sein des pays du G7 ont augmenté trois fois plus vite que les salaires », a calculé Quentin Parrinello, porte-parole d’Oxfam France, alors que les altermondialistes d’Attac dénoncent un « double discours » des dirigeants. Selon eux les politiques publiques occidentales « aggravent les inégalités et privilégient la rémunération des actionnaires sur l’intérêt général ».

Ces deux organisations seront ce week-end au Pays basque pour participer au contre-sommet face à ce qu’il appelle « l’opération de communication de l’oligarchie mondiale » qui « perpétue un système au service des plus riches et des multinationales ».


Aurélien Poivret. Le Dauphiné Libéré. 21/08/2019