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Chez Qwant, le « moteur de recherche qui respecte la vie privée », le personnel se plaint d’un manque de respect. [Il est vrai qu’à titre perso j’utilise ce moteur de recherche et reconnaît à la fois son ergonomie et sa vitesse d’exécution ; mais je ne connaissais pas les problèmes internes. MC]

Six ans après le lancement, soucieux du moral de ses troupes, le fondateur, Éric Léandri, avait discrètement fait sonder, au printemps, les équipes de ses centres de développement d’Ajaccio, de Nice et d’Épinal.

Un tiers des 150 salariés de la start-up française, qui tente de se faire une place au soleil à côté du mastodonte Google, ont été interrogés. Résultats ébouriffants de cette enquête interne, remis le 5 juin à Léandri (et tombés dans le bec du « Canard ») : « Les maîtres mots de ces retours sont : manque de confiance, de reconnaissance, de communication, de fierté, précipitation et éparpillement au détriment de la qualité. » Ça jette un froid !

En ouvrant le bureau des pleurs, le malheureux patron de Qwant ne s’attendait pas à un tel retour de bambou.

Côté social, ses développeurs et ingénieurs n’ont pas la langue dans leur poche : « pas de hausse de salaire », « aucune valorisation du travail effectué », « une gestion administrative aléatoire », grognent d’emblée une vingtaine de courageux qui pointent également le « manque de personnel », le « stress des équipes » ou la valse des chefs du personnel (« trois en deux ans »). Sans compter les arriérés : « licences [logicielles] non payées, matériel insuffisant et obsolète ».

M… alors !

Et côté technologie ? Un triomphe : « lancements de produits non finis », « travail dans l’urgence », « pas de stratégie à long terme », « aucune planification des projets »… N’en jetez plus ! Les mécontents dénoncent également un développement « trop commercial », davantage au service des partenaires du moteur de recherche qu’à celui de ses utilisateurs.

Conclusion d’un salarié, partagée par une quinzaine de camarades (bientôt syndiqués ?) : « Qwant commence à ressembler à un sapin de Noël, à cause des pubs dans tous les sens. » De quoi mettre les boules au PDG, Éric Léandri, et à ses actionnaires, à commencer par la Caisse des dépôts et consignations, qui a investi 17 millions d’euros (20 % des parts).

Cette étude interne fait un brin désordre au moment, les politiques chantent les louanges du David Qwant face au Goliath Google.

La Macronie soutient l’installation de Qwant Junior (qui filtre les pubs et les contenus pour adultes) dans les écoles de plus d’une dizaine d’académies. Et Cédric O, le secrétaire d’État au Numérique, a proposé, au mois d’avril, de faire installer Qwant par défaut dans les administrations, à partir de septembre, une fois l’opération validée par un audit technique du gouvernement.

Mise au pas ?

Pour calmer les esprits qui s’échauffent, la direction de Qwant se lance donc, cet été, dans une séquence de câlinothérapie. D’autant qu’elle vient de perdre son patron de la recherche et développement, David Scravaglieri, parti en claquant la porte alors qu’il avait été promu en mai.

Le 5 juillet, des bataillons de salariés venus de Nice, d’Épinal, de Paris et de Rouen se sont retrouvés invités à colloquer entre le spa et la piscine du Golden Tulip Villa Massalia, un sympathique hôtel de Marseille.

Pour fluidifier les relations sociales, Léandri a également promis quelques augmentations après une imprudente interview dans le mag extrême-droitier « Valeurs actuelles » (4/7). Il y vantait les émoluments de ses ingénieurs pouvant atteindre 10.000 euros par mois.

Chez Qwant, certains en ont avalé leurs claviers !


Jérôme Canard. Le Canard enchaîné. 07/08/2019