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Décidément la Macronie n’est pas en mal de scandales irrésolus, ou tout au moins, résolus à la façon de… MC

Une com’ catastrophique, un flic sacrifié par sa hiérarchie, un travail bâclé par la police des polices, des témoins oubliés, un corps retrouvé là où on ne l’attendait pas…

« On connaît le nom du condamné, mais pas encore la date de son exécution. » Dixit un flic nantais à propos du commissaire qui commandait la calamiteuse opération policière sur les quais de la Loire, le soir de la Fête de la musique.

Pour tenter de faire oublier la désastreuse gestion médiatique qui a suivi la mort par noyade, dans la nuit du 21 au 22 juin, de Steve Maia Caniço, un jeune animateur périscolaire de 24 ans, le ministère de l’Intérieur ne semble avoir d’autre choix que de couper des têtes. Le patron de la police de Nantes, qui, il y a moins de deux mois, a été décoré de la médaille de la Sécurité intérieure, est désormais dans la ligne de mire de sa hiérarchie, laquelle lui reproche d’avoir agi sans discernement.

BAC avec mission

Le commissaire Chassaing a dérogé à la sacro-sainte règle en matière de maintien de l’ordre : ne jamais disperser une foule à proximité d’une étendue d’eau, encore moins de nuit quand la zone, dépourvue d’éclairage, est plongée dans le noir. Qui plus est à coups de lacrymogènes, de grenades de désencerclement et de balles de défense… Dans le mouvement de panique provoqué par les détonations et les nuages de gaz, 11 personnes sont tombées à la baille.

Cette gestion musclée des événements n’a pas étonné au sein de la police nantaise, où le commissaire traîne une réputation d’homme à poigne adepte de la manière forte.

En septembre dernier, il avait mis sur pied une BAC en tenue constituée quasi exclusivement de poulets de combat, au point que des policiers locaux s’étaient inquiétés de la création d’une unité « tontons macoutes ». (sic).

Le syndicat de gardiens de la paix SGP Police FO avait même tiré la sonnette d’alarme Place Beauvau. Or, parmi la vingtaine de policiers qui sont intervenus sur le quai Wilson à 4 h 30 du matin figuraient de nombreux membres de la fameuse BAC en tenue.

Fait aggravant, sept minutes après les premiers tirs de lacrymo, voyant que la situation s’envenimait, le directeur par intérim de la sécurité publique, qui, derrière les écrans de contrôle de la salle de commandement, supervisait les opérations, donnait l’ordre à Chassaing d’arrêter les lacrymos. Peine perdue. Vingt-cinq minutes plus tard, le patron des flics du département était contraint de réitérer lui-même son ordre sur les ondes.

Un dysfonctionnement que l’IGPN, la police des polices, relate avec beaucoup de pudeur dans son rapport. Présenté par Édouard Philippe le 22 juillet (au lendemain de la découverte du corps de Steve comme dédouanant les forces de l’ordre), la publication de cette enquête a jeté de l’huile sur le feu. Il faut dire que le rapport des bœuf-carottes collectionne aussi les oublis. Nulle trace des souvenirs de plusieurs témoins clés, comme l’a souligné « Libé » (1/8).

Recherches en eau trouble

Également passé à la trappe, le témoignage… du commandant des CRS, arrivé sur les lieux avec ses hommes à 4 h 45. Il mentionnait dans son compte rendu d’intervention ce qu’il avait précédemment entendu sur les ondes. En particulier que des gens étaient tombés à l’eau. Même empressement minimal pour retrouver un autre témoin présent sur le quai Wilson et auteur d’un signalement sur la plateforme de l’IGPN. Les fins limiers se sont contentés de lui adresser un mail et, sans réponse de sa part, ont laissé tomber leurs recherches.

Enfin, il y a cette équipe de secouristes de la Protection civile qui, présente à 4 h 13 sur le quai, explique (« Le Monde », 6/8) n’avoir ressenti aucune agressivité de la part de la foule, demeurée calme jusqu’à ce que la dispersion policière, accompagnée d’un épais nuage de lacrymo entremêlé de bruits d’explosion, « crée un mouvement de panique impressionnant ». Dès lors, leur sang n’a fait qu’un tour quand ils ont lu dans le rapport de l’IGPN : « Aucun mouvement de foule n’avait été constaté, et aucun témoin non policier entendu n’avait observé de personne en panique ou en train de courir. »

Partiel, voire partial, le rapport de l’IGPN ne dissipe pas le mystère sur les circonstances de la noyade du jeune Nantais. Après qu’il a adressé un SMS à un ami pour lui dire qu’il rentrait car il ne se sentait pas bien, son téléphone a cessé, selon l’IGPN, de fonctionner à 3 h 36, soit environ une heure avant la charge policière. Un élément qui laisserait le champ libre à d’autres scénarios, comme celui d’un malaise et d’une chute accidentelle avant que les poulets pointent leur nez.

D’autant que, à en croire les pompiers, trois personnes ont chuté dans l’eau avant l’intervention des flics. Et que l’emplacement du corps, plus de 1 km en amont du quai Wilson, intrigue les enquêteurs. « Soit c’est la marée qui a fait remonter le corps, soit il est tombé à un autre endroit », explique l’un d’eux. La disparition de Steve n’a pas fini de Susciter des remous.


Christophe Labbe. Le Canard enchaîné. 07/08/2019