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Portées par un président inconscient, l’industrie de l’armement US a de beaux jours devant eux et tant pis s’il y a autant de tueries dans le pays. MC

Pour tuer des Mexicains à El Paso (Texas), Patrick Crusius, 21 ans, avait acheté un fusil d’assaut russe semi-automatique WASR10, une variante de la kalachnikov. Plus de 18 ans ? Aux États-Unis, faire son marché de matériel de guerre est légal.

Et avec cela ? Des munitions redoutablement dégradantes de calibre 7.62, appelées « 8M3 », employées par les Russes en Tchétchénie et interdites depuis par la convention de La Haye. Ces balles « full metal jacket », hautement perforantes, sont considérées comme des « joyaux » par les fans de la poudre. « La munition idéale pour les scénarios cataclysmiques », ainsi que le relève avec gourmandise un blog de passionnés.

Prix de l’arme : 700 dollars. Et, tiens, 24,95 dollars les 100 munitions, en vente libre sur Internet à partir de 18 ans. Avec ce fusil d’assaut et ce projectile délabrant, le massacre est assuré. Vingt-deux morts.


Connor Betts, lui, avait 24 ans.

Sa cible, à Dayton (Ohio) ? Un peu tout le monde, à commencer par sa propre sœur. Sur les murs de sa salle de bains, il avait écrit une liste de filles à abattre. Voisines, copines.

Pour passer à l’acte, rien de tel que l’achat en ligne. Ce sera donc un fusil d’assaut AR15 de calibre 556 à 600 dollars, livré en trois jours. Pour les munitions, le petit criminel a choisi deux chargeurs « double drum » (57,99 dollars pièce), avec une capacité de 100 cartouches. De quoi tirer au coup par coup pendant un bon moment. Neuf morts.

Dessin de Aurel pour Le Canard Enchainé du 07/08/2019

« C’est la maladie mentale et la haine qui appuient sur la gâchette, pas les armes », a répondu Donald Trump à ceux qui demandent l’interdiction de la vente d’armes de guerre sur le territoire américain.

Pour le locataire de la Maison-Blanche, les coupables des massacres de masse ne sont pas les tireurs mais les médias, accusés de « nourrir la rage des Américains », Internet et les jeux vidéo, qui « idéalisent la violence ». Problème : ces assassins étaient presque inoffensifs avant de s’armer. L’un était un imbécile, raciste dégénéré des réseaux sociaux. L’autre, un pâle geek assommé de jeux vidéo comme il en existe partout dans le monde.

C’est leur doigt sur la queue de détente d’un fusil d’assaut qui a provoqué le massacre. Pas leur clavier d’ordinateur.


Article signé des initiales S. Ch. – Le Canard enchaîné – 07/08/2019