Étiquettes

, , , ,

Deviner qui va payer en définitive, les lourdes bourdes de la construction de cet édifice censé permettre la fermeture de certaines centrales nucléaires vieillissantes… MC

EPR de Flamanville

Aux dernières nouvelles, ce sera pour fin 2022. Au mieux. Soit un nouveau retard de trois ans pour la mise en service du réacteur EPR de Flamanville, qui aurait dû avoir lieu en… 2012.

C’est la conséquence de la récente affaire des neuf délicates soudures défectueuses qu’ EDF est bien obligé (après avoir beaucoup tergiversé) de refaire, sur l’injonction de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Entre-temps, la facture a explosé, passant de 3,4 milliards d’euros prévus au départ à 10,9 milliards cette année, en attendant mieux…

Mis en chantier en 2007, l’EPR de Flamanville n’a pas cessé de collectionner les pépins. Et pas seulement en raison de la complexité de l’engin. EDF et ses fournisseurs (qui n’avaient pas construit de réacteurs en France depuis 1990) ne savent plus faire correctement ce genre de travail…

Le premier gros bobo date de 2008 : les inspecteurs de l’ASN découvrent que le béton coulé par Bouygues pour le « radier » (l’énorme dalle sur laquelle repose le réacteur) est fissuré. Le chantier est interrompu des mois durant, l’addition s’envole, pour atteindre 5 milliards d’euros, et l’inauguration est repoussée à 2014.

Trois ans plus tard, rebelote ! Une photo, publiée par « Le Canard », montre que les murs en béton de la piscine destinée à recevoir le combustible nucléaire sont constellés de trous maousses ! A croire que Bouygues ne sait plus faire du béton correctement…

Au même moment, l’ASN découvre une flopée d’autres malfaçons : le système des générateurs de vapeur a été construit n’importe comment, des filtres stratégiques pour la sécurité montés de façon « incohérente », des tuyauteries installées sans vérification et des équipements de secours mis en place sans attendre l’avis des experts… Cette fois, la mise en route du réacteur est reportée à 2016, et la note grimpe à 6 puis 8,5 milliards en 2012.

En 2013, la fête continue : Framatome, fournisseur d’EDF, constate que certaines soudures ont été réalisées à la va-comme-je-te-pousse. Mais personne ne bronche ! Informé seulement deux ans plus tard de ces malfaçons, l’électricien semble s’en tamponner le coquillard et continue le chantier comme si de rien n’était !

Au même moment, l’ASN s’aperçoit que la cuve du réacteur et son couvercle ont été forgés en dépit du bon sens par Framatome. Seules conséquences de ce bazar : la mise sous tension est reportée à 2018, puis à 2019, et le coût s’établit à 10,5 milliards avant d’atteindre 10,9 milliards…

En réalité, EDF a voulu jouer l’épreuve de force avec le gendarme du nucléaire. Persuadé que l’Autorité de sûreté finirait par céder à ses caprices, l’électricien n’avait qu’un objectif : mettre en route son EPR le plus vite possible pour pouvoir mieux commercialiser son engin à l’export (déjà vendu à la Chine et à la Finlande).

Pour tenter d’amadouer les contrôleurs de l’ASN, EDF leur avait quand même proposé d’effectuer toutes les réparations demandées. Mais seulement cinq ou dix ans après l’inauguration (sans cesse repoussée) du réacteur…


Article signé des initiales H. L. – Le Canard enchaîné. 31/07/2019