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« La France est en Libye pour combattre le terrorisme », proclamait Jean-Yves Le Drian dans « Le Figaro », le 3 mai. Vrai (des forces spéciales françaises ont traqué des groupes djihadistes dans l’est du pays), mais surtout faux.

Dès 2014, Macron avait en effet choisi son camp. Il estimait que la France devait apporter son soutien au maréchal Haftar, « car il représente la meilleure solution pour la Libye », expliquaient alors plusieurs diplomates macronistes. D’autres rappelaient méchamment que, lors de son exil aux USA, Haftar avait été en contact avec la CIA.

Mais l’essentiel était que, convaincus ou non, le Quai d’Orsay, le ministère des Armées et la DGSE, avec ses commandos, s’étaient vus chargés d’appliquer, avec discrétion, les directives présidentielles. Cela n’empêchait pas Emmanuel Macron de jouer en même temps les diplomates. A deux reprises, il tenta l’impossible (réconcilier le maréchal avec son adversaire, le Premier ministre Fayez al-Sarraj sans y parvenir), dès lors, la suite était prévisible.

Le 4 avril 2019, Haftar lançait une offensive vers Tripoli avec l’intention d’en chasser le gouvernement reconnu par l’ONU et par plusieurs Etats, y compris la France… Et le « double jeu » que le secrétaire général des Nations unies et le Premier ministre libyen reprochaient déjà à Macron s’est poursuivi de plus belle. Sans trop de gêne au sommet de l’État car, parmi les fidèles soutiens du maréchal rebelle figurent trois excellents clients et amis de la France : l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Egypte.

Extravagant communiqué ministériel

Mais, par malheur, le 8 juillet, le « New York Times » a révélé que les forces gouvernementales libyennes avaient découvert à Gharyan, dans une base militaire évacuée par les troupes du maréchal Haftar, quatre missiles antichar Javelin fournis à la France par les Etats-Unis. Bon gré, mal gré, Florence Parly a dû réagir, et un communiqué extravagant de son ministère des Armées a été publié, le 10 juillet. Que ce texte, béni par la ministre, contienne une série de gros mensonges n’est guère surprenant, mais que l’on y découvre des arguments d’une stupidité crasse n’est pas à l’honneur de ceux qui l’ont rendu public.

Exemples : « Ces munitions (on n’ose pas écrire « missiles ») endommagées et hors d’usage (…) étaient temporairement (sic) stockées dans un dépôt (resic) en vue de leur destruction. » Tant qu’à prendre les Français, et les journalistes, pour des imbéciles, mieux vaudrait montrer un peu d’imagination.

Tout est faux : ces 4 missiles (prix officiel : 175 000 dollars pièce) étaient encore emballés dans leur conteneur d’origine. Et le « dépôt » où les ont découverts les forces gouvernementales libyennes est tout bonnement la base de Gharyan, à quelque 60 km de Tripoli, c’est-à-dire la base de départ de l’offensive du maréchal Haftar. Autre affirmation discutable : « Ces armes (que l’on vient de déclarer « hors d’usage ») n’ont pas été transférées à des forces locales. » Et voilà l’armée du maréchal qualifiée de « force locale »…

L’histoire de ces désormais fameux missiles antichar Javelin (pouvant équiper combattants au sol, blindés et hélicoptères) mérite le détour. En 2011, Paris en avait acheté 380 aux firmes américaines Lockheed Martin et Raytheon, et une partie d’entre eux a été confiée au contingent français engagé en Afghanistan. Après son retour au pays, les missiles (non utilisés) ne regagneront pas directement la France, selon un expert militaire, mais transiteront par la Libye. Et certains (quatre, comme on vient de le constater (ou deux ou trois de plus, allez savoir ?)) sont alors remis aux membres de la DGSE qui opèrent dans le bourbier libyen.

Conformément à la volonté élyséenne, ces commandos sont aujourd’hui une centaine à « coopérer » avec l’armée du maréchal Haftar, admettent plusieurs diplomates et officiers. Et les missiles qui ont été oubliés (désinvolture ou faute professionnelle ?) dans une base rebelle, valent à Macron les reproches véhéments de l’ONU et du Premier ministre libyen.

Il ne lui suffisait donc pas d’être accusé d’avoir vendu, comme ses prédécesseurs, des armes françaises qui font merveille au Yémen ?


Claude Angeli. Le Canard Enchaîné. 17/07/2019


Un avis comme un autre : que faisons-nous sur ces théâtres d’ « opérations militaires » dans des pays où s’exerce le « djihadisme ». Autre question c’est « implications » ne favorisent-elles pas des actions prosélytiques et d’attentats sur notre territoire ? Oui, nous le savons bien il faut vendre des armes qui rapportent des devises étrangères à l’État français et à ses constructeurs (et leurs actionnaires) et évite le chômage dans cette partie de l’industrie française. Mais un avis qui ne regarde que l’auteur bien évidemment. MC