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Où vont-ils chercher ces arguments désopilants, ces contorsions inédites, ces raisonnements alambiqués ?

Depuis que l’annonce de la signature de deux traités de libre-échange, l’un avec le Canada (le Ceta, qui a été ratifié par les députés le 17 juillet), l’autre avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay), a déclenché un tollé fort gênant pour la Macronie, on en entend de bien bonnes. Pour répliquer aux critiques, notamment celles des agriculteurs et des écolos, pour une fois d’accord, toutes les ficelles sont de sortie.

  • Minimiser à coups de calculette : pourquoi s’énerver à cause de l’importation de 100.000 tonnes de volailles et 99.000 tonnes de bœuf, puisque « cela revient à 200 grammes par Européen et par an, soit deux steaks » ? (Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État aux Affaires étrangères).
  • Promettre que jamais, au grand jamais, des produits alimentaires bourrés de substances interdites n’entreront en Europe : « Ce sera aux exportateurs de confirmer que les produits ne contiennent pas ces produits chimiques. Et nous ferons, comme toujours, des contrôles » (Cecilia Malström, commissaire européenne chargée du Commerce). Rassurant, vu la qualité des contrôles, entre la Pologne et la France, par exemple…
  • Titiller la fibre patriotique : cet accord, « après l’Allemagne, c’est la France qui en profite le plus » (toujours Cecilia Malström). Au RN, ça peut plaire.
  • Ridiculiser les opposants : « On ne va pas s’attaquer au défi climatique en refusant de faire du commerce » (encore elle) ! Sous-entendu : et en revenant à l’âge des cavernes.
  • Expliquer que faire traverser des océans à de la viande c’est très écolo : « Cela peut paraître contre-intuitif et, même si des progrès restent à faire, le transport maritime est peu émetteur de gaz à effet de serre » (Geneviève Pons, responsable de la branche bruxelloise de l’Institut Jacques Delors). Les porte-conteneurs géants ne font guère que brûler quelques milliers de tonnes de fuel à chaque voyage…
  • Promettre la lune : « Cet accord va empêcher M. Bolsonaro de « déforester » l’Amazonie » (Pascal Lamy, ex-patron de l’OMC). Ému par la signature de l’accord intensifiant sa production de bidoche, le soldat de l’agrobusiness Bolsonaro deviendra un modèle de vertu écolo ! La foi, ça ne se discute pas.
  • Décliner le « en même temps » : cette « ouverture sans naïveté » sera « exigeante sur le plan climatique » (Macron). La preuve : le député Matthieu Orphelin relève qu’ « aucun mécanisme ne permet de suspendre l’accord avec le Mercosur si les pays signataires sortent de l’accord de Paris ou, plus sournoisement, s’en éloignent. »
  • Agiter les grands arguments idéologiques : « La décroissance n’est pas la politique du gouvernement » (un proche du Premier ministre, dans « Le Monde », 5/7).

En résumé : c’est soit le libre-échange à marche forcée, soit la décroissance. Autant dire le chaos, non


Jean-Luc Parquet. Le Canard enchaîné. 10/07/2019