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Jamais un président américain n’était allé aussi loin. Mais n’est-ce pas, après tout, la marque de fabrique de Donald Trump ?

Dimanche sur Twitter, le locataire de la Maison Blanche a conseillé à quatre élues démocrates à la Chambre, issues de minorités, de «retourner» dans leur pays d’origine […]. Dans le camp démocrate, la sortie ouvertement raciste du Président a suscité une pluie de réactions outrées.

Pas de quoi faire fléchir pour autant le milliardaire qui, lundi et mardi, a enfoncé le clou, se défendant de tout racisme et accusant les nouvelles égéries de la gauche progressiste de «détester» l’Amérique et Israël.

Loin d’être improvisées ou accidentelles, ces attaques s’inscrivent dans une stratégie électorale réfléchie. Et laissent augurer d’une campagne électorale délétère, à seize mois de la présidentielle de 2020.

L’obsession blanche de Trump

Avec ses propos, Donald Trump piétine une fois de plus le sceau officiel des Etats-Unis et la devise qui l’accompagne – «E pluribus unum» («de plusieurs, un»). Imprimée sur chaque passeport, chaque dollar, cette maxime, qui faisait initialement référence à l’union des 13 colonies britanniques pour former les Etats-Unis d’Amérique, symbolise le pluralisme de la société américaine. […] Entré dans la politique en promouvant les théories complotistes sur les origines de Barack Obama, et dans la campagne en 2016 en taxant de «violeurs» et «criminels» les sans-papiers mexicains, Donald Trump n’a eu de cesse, depuis son élection, de défendre une ligne nativiste et identitaire blanche, autant par conviction personnelle que par calcul politique.

Ses récents propos n’en sont que l’expression la plus flagrante. Sans grande surprise, les suprémacistes blancs se sont d’ailleurs réjouis de cette escalade rhétorique. «Trump dit littéralement aux Noirs américains de retourner en Afrique […]. C’est le genre de nationalisme blanc pour lequel on l’a élu», a écrit Andrew Anglin, éditeur du site néonazi The Daily Stormer.

Un avant-goût de la campagne

Les démocrates ont beau tenter de se rassurer en soulignant que les sondages nationaux donnent les principaux prétendants de leur parti vainqueurs d’un hypothétique face-à-face avec Trump […], ils savent pertinemment que c’est grâce au collège électoral que le magnat de l’immobilier s’est imposé face à Hillary Clinton, qui a pourtant largement remporté le vote populaire. Pour le battre l’an prochain, il faudra donc faire basculer plusieurs Etats conquis par Trump, en particulier dans la «Rust Belt». […]

Des tweets… et des actes

Pour cajoler sa base, Donald Trump ne se contente pas de mots. Depuis son arrivée à la Maison Blanche, son administration s’est ainsi attelée, avec une rare discipline, à transformer le système judiciaire des Etats-Unis, en nommant des dizaines de juges très ancrés à droite. […]


Frédéric Autran. Libération. Titre original : « Racisme et cynisme, le cocktail électoral de Trump ». Source (extrait)