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 […] Le système commercial est un domaine pivot et transversal qu’il est urgent de refonder afin qu’il soutienne la transition écologique et solidaire au lieu de la négliger comme il le fait depuis trop longtemps, ou pire, de la contraindre. Il est impératif de revoir son contenu et donc sa finalité.

 […] Les accords de libre-échange ne peuvent plus avoir comme unique objectif de créer de nouvelles opportunités économiques.  […] Le tissage de nos liens commerciaux doit être conditionné à l’implication réelle de nos partenaires dans la bataille contre le changement climatique, la perte de la biodiversité, les inégalités sociales et pour le respect des droits humains.

Comme l’a rappelé le Haut Conseil pour le climat, 38% des émissions françaises de carbone sont dues aux importations. Et l’Amazonie perd 1 500 hectares par jour de forêt vierge, pour produire du bœuf, du bois ou du soja, essentiellement OGM, destinés à l’exportation.

C’est aussi pour cela que l’accord Mercosur est inacceptable en l’état !

L’enjeu dominant de notre ère est d’intégrer les coûts environnementaux et sociaux aux prix des biens que nous consommons. Faire en sorte que les mécanismes du marché prennent en compte les externalités négatives du modèle productif. Pour y parvenir, nous devons nous assurer que les méthodes de production pratiquées à l’étranger respectent des standards stricts.

L’objectif est triple puisque cela faciliterait la transformation de nos entreprises en les abritant d’une concurrence déloyale, nous réduirions la pollution et la déforestation importée, et nous n’encouragerions pas des politiques publiques agressives d’expropriation ou socialement intolérables.  […]

Enfin, alors que l’interdépendance accroît la pression sur nos systèmes politiques nationaux, les Etats doivent impérativement préserver leur liberté de réformer au nom de l’intérêt général sans craindre les entraves juridiques et les procès des investisseurs. C’est le sens du «veto climatique», que les derniers traités d’investissement n’ont toujours pas intégré.

A l’heure de la ratification du Ceta par le Parlement français et du renouvellement des institutions européennes, et alors que l’accord majeur avec le Mercosur est à revoir entièrement, nous appelons à un sursaut d’innovation et d’ambition pour refonder en profondeur notre stratégie commerciale.  […]


Matthieu Orphelin et Pascal Durand. Libération. Titre original : « Mercosur, Ceta : les traités de libre-échange sont inacceptables en l’état ». Source (extrait)