Depuis quelques années, plutôt que de détruire complètement d’anciennes usines, casernes, etc., des architectes urbanistes militants, réinventent des espaces urbains où il fait bon vivre ensemble, tout en poursuivant un objectif de consommation raisonnée. Leurs démarches progressistes et exploratoires s’inscrivent dans un nouveau paradigme d’aménagement du territoire.

[…], d’autres architectes engagés composent, eux, des espaces alternatifs pour esquisser la ville de demain (plus responsable et moins fractionnée).

Dans les années 2000, c’est dans cet esprit (et dans le cadre d’un projet public) que l’agence Atelier Novembre, fondée par Jacques Pajot et Marc Iseppi, avait transformé d’anciennes pompes funèbres de quarante mille mètres carrés dans le XIXe arrondissement de Paris en centre de création culturelle : le CentQuatre.

Critiqué après son inauguration, il a pourtant inspiré bien d’autres lieux depuis. De son côté, l’association Yes We Camp, créée en 2013 à Marseille, regroupe une centaine de personnes. “Des urbanistes, des architectes, des designers, des gens ayant des compétences en gestion, en médiation, en programmation culturelle ainsi que des constructeurs et des régisseurs”, précise Nicolas Détrie, cofondateur et directeur. Bénévoles au départ, quatre-vingt-cinq d’entre eux sont aujourd’hui salariés.

« Pour que le monde aille mieux, il faut que nous soyons plus efficaces dans nos cohabitations » – Nicolas Détrie, cofondateur et directeur de Yes We Camp

Ils donnent naissance à des lieux hybrides. […]. Ils sont convaincus que « pour que le monde aille mieux, il faut que nous soyons plus efficaces dans nos cohabitations »

Dans cette perspective, ils ont élaboré un « camping provisoire » à Marseille, le « Rêv’Café »  (solidaire) à Montreuil ou encore l’incontournable projet « Les Grands Voisins » (quatorze mille mètres carrés d’espace culturel, de restauration cool et d’hébergements d’urgence dans l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, dans le XIVe arrondissement de Paris). […]

[…]En plus de ce brassage, essentiel, le caractère multifonctionnel des espaces est aussi la clé de leur viabilité financière. « Nous générons des recettes immobilières sur nos sites. Toutes les structures qui s’installent dans ces lieux contribuent aux charges. Nous réalisons également des études ou interventions artistiques participatives. Et puis, nous avons des recettes marchandes directes, avec les cantines ou l’hébergement de plein air », conclut-il.

L’urgence du développement durable

Le collectif d’architectes « Encore Heureux », fondé en 2001 par Julien Choppin et Nicola Delon, rassemble aujourd’hui quatre associés et une vingtaine de collaborateurs. Spécialisés dans les bâtiments, les installations et les expositions réalisés dans une sobriété économique, avec des matériaux de réemploi, ils véhiculent des messages forts sur l’urgence du développement durable. […] Leur leitmotiv : « Consommer plus de matière grise et moins de matière première. » Bien au-delà d’une simple agence, ils forment un think tank indispensable.


Hélène Brunet-Rivaillon Les Inrocks. Titre original : « Les friches, des espaces alternatifs pour esquisser la ville de demain ». Source (extrait)