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C’était l’une des idées-phares du plan de « réconciliation nationale » piloté par Jean-Louis Borloo : la création d’une cour d’équité territoriale pour sanctionner l’inaction des administrations. […]

Le 22 mai 2018, Emmanuel Macron s’était déclaré ouvert à la mise en place d’une « instance de recours et de transparence », évoquant le Parlement. […]

Depuis, l’exécutif n’y a plus jamais fait allusion.

Le même jour, le chef de l’État avait installé en mode VIP le Conseil présidentiel des villes (CPV). Composé de vingt-cinq personnalités issues ou œuvrant dans les quartiers, il était censé être le laboratoire à idées du président de la République en matière de politique de la ville. Il n’a rien produit jusqu’à présent.

Un mois plus tard, le 17 juillet 2018, l’Élysée avait lancé une vaste opération de séduction auprès d’une centaine de grands patrons pour les inciter à recruter dans les quartiers. Emmanuel Macron leur avait donné rendez-vous tous les six mois pour faire le point. Il ne les a pas revus depuis.

« Manque d’ambition » de l’exécutif

Un peu plus d’un an après l’enterrement du rapport Borloo, élus et militants associatifs des quartiers populaires font grise mine. L’« empilement des petites mesures » et la distribution de « petites subventions à droite à gauche » ne parviennent pas à faire oublier les promesses non tenues, ni à masquer le « manque d’ambition » de l’exécutif vis-à-vis des quartiers populaires.

Le 13 juin 2019, le ministère de la cohésion des territoires a bien tenté de galvaniser les troupes en invitant 600 acteurs de terrain à la Grande Halle de La Villette, à Paris, pour un événement baptisé « La grande équipe de la réussite républicaine », en vain. Le gouvernement peine à convaincre.

[…] « Rien n’a changé. », affirme la sociologue Marie-Hélène Bacqué. « Le pouvoir est toujours aussi sourd aux revendications des classes populaires », a écrit la coordination nationale « Pas sans nous » dans son « Appel de Roubaix », lancé à la fin du mois de juin à l’issue de la deuxième édition de son Université des quartiers populaires. […]

« Le gouvernement manque d’audace et de courage politique sur le sujet. Mais ce qu’il refuse d’investir aujourd’hui coûtera cent fois plus dans dix ans ».

« Dans les faits, le bilan est pauvre », juge Gilles Poux, le maire communiste de La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Lors des premières Assises nationales pour l’égalité territoriale, organisées en juin dans sa ville, il a relancé l’idée de la création « d’une autorité administrative indépendante avec force de coercition pour imposer des corrections lorsqu’il y a inégalité » « soutenue par le Défenseur des droits, Jacques Toubon », insiste l’élu.

  • Alors que le gel des emplois aidés continue de peser lourdement sur le tissu associatif des quartiers, « ce que l’on nous propose en compensation est loin d’être à la hauteur des enjeux », tranche Khalid Ida-Ali, président de l’IRDSU (Inter-réseaux des professionnels du développement social et urbain, qui rassemble quelque 600 professionnels de la politique de la ville), qui a tenu ses Journées nationales de la politique de la ville, à Strasbourg, les 13 et 14 juin. […]
  • […] Après avoir malmené les petites associations, désormais, on loue leur rôle et on leur concocte un « grand » plan afin de leur « faciliter la vie » en leur permettant d’adresser des demandes de subventions pluriannuelles et préremplies.
  • Après avoir disqualifié les maires en les taxant de « clientélistes », voilà qu’on vante leurs mérites et leur dévotion.
  • Un an après avoir remercié Borloo sans ménagement, on ne cesse de l’encensé.

Louise Couvelaire. Le Monde. Titre original : « Politique de la ville : un an de déception ». Source (extrait)