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C’est une institution, un rendez-vous incontournable chaque année sur les Champs-Élysées : un rituel impérissable, qui fait marcher au pas quatre mille soldats des trois armées, élèves des écoles militaires mais aussi gendarmes, policiers et pompiers, derrière la Légion étrangère ou la cavalerie de la garde républicaine, et avant les blindés, alors que le ciel se couvre de norias d’avions et d’hélicoptères grand consommateurs de kérosène.

Cette démonstration à la gloire des militaires, qui sert aussi aux politiques à faire passer quelques messages, fait figure de vache sacrée.

Mais faudra-t-il le garder éternellement ?

Bien que souvent regardé dans l’Hexagone d’un œil blasé, le défilé est plutôt envié à l’étranger. Le cas le plus emblématique est celui du président américain Donald Trump. Invité sur les Champs-Élysées en 2017 pour la commémoration du centenaire de l’entrée en guerre des Américains, il s’était dit « ébloui de la démonstration française », exprimant le souhait d’avoir « une parade comme celle en France , l’une des plus belles auxquelles j’ai assisté ».

Selon le Washington Post, le président avait transmis des directives en ce sens à ses généraux en janvier 2018 — un projet finalement abandonné quelques mois plus tard, sur le conseil du Pentagone, en raison de son coût et des risques de destruction du revêtement routier de la capitale fédérale. En outre, rappelait la correspondante de RFI à Washington, Anne Corpet, « le défilé militaire n’est pas une tradition américaine : la plus grande puissance armée du monde n’a pas besoin d’exposer ses troupes pour montrer sa force ; et ce type de parade est perçu par les Américains comme un apanage des régimes totalitaires ».

Mais, Trump étant Trump, et étant surtout en campagne pour sa réélection en 2022, il a remis le couvert, obtenant sur le tard, pour l’Independance day du 4 juillet dernier, un « évènement » à dominante militaire, sur le National Mall, la grande avenue au centre de Washington entre le Congrès et le Lincoln Memorial : une exposition de chars et autres matériels, et un mini-défilé aérien, avec passage d’une patrouille acrobatique, de chasseurs dernier cri F-35, d’un des deux 747 présidentiels baptisés, « Air Force One », et du nouvel hélicoptère de la Maison Blanche, le « Marine One ».


Philippe Leymarie. Le Monde Diplomatique. Source (extrait)