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Derrière l’affaire, il y a un homme, Vincent Lambert, qui a passé un quart de sa vie dans un état végétatif.

Aîné d’une fratrie de neuf enfants issus de trois unions, né hors mariage d’un père gynécologue anti-avortement qui a fini par épouser sa mère ultra-catholique plusieurs années après sa naissance, Vincent grandit à Châteauroux puis dans les Ardennes, dans une famille recomposée « minée par les secrets et les non-dits », selon les mots de François Lambert, son neveu. Un schéma familial qui tranche avec l’éducation catholique traditionaliste reçue.

À 12 ans, l’adolescent part en pension dans un établissement catholique, passage obligé pour tous les enfants. Renvoyé pour son « esprit rebelle », il finira ses études dans une « boîte à bac », à Reims, avant d’intégrer une école d’infirmiers, à Laon, et de se spécialiser en psychiatrie. « Il n’a alors cessé de prendre ses distances avec l’idéologie de nos parents », explique Marie, sa soeur cadette. Il a juste « pris son autonomie », tempère son demi-frère, David Philippon.

Jeune homme, il est décrit comme « pudique » et « sensible », amateur de sensations fortes, de vitesse et de « gosses fêtes ». « Il avait des comportements extrêmes et en même temps était très secret, renfermé, mal dans sa peau », selon Marie.

Sur de rares photos d’avant le drame rendues publiques, on voit un homme élancé, cheveux noirs, yeux marron et barbe en bouc esquisser un sourire. À l’hôpital de Longwy (Meurthe-et-Moselle), il rencontre Rachel, une infirmière qu’il épouse. « À l’hôpital, je l’admire. C’est un très bon infirmier, respecté de tous ; quand Vincent entre dans une salle, tout le monde le regarde, il en impose », écrit-elle dans un livre paru en 2014. Elle est séduite par cet homme « en apparence inaccessible, plein de mystère ». Le couple se marie en 2007 et donne naissance à une petite fille à l’été 2008. Mais deux mois plus tard, le 29 septembre, tout bascule lorsque Vincent, alors âgé de 32 ans, est victime d’un grave accident de la route.

Transporté au CHU de Reims dans un état critique, il est plongé dans un coma artificiel. Il restera tétraplégique en état « pauci-relationnel », un état de conscience limitée à des informations sensorielles primaires, comme la lumière ou le bruit. Alors Vincent ne sera plus seulement un homme, mais deviendra une « affaire », jusqu’à son décès.

Extrait d’un article du Dauphiné du 12/07/2019

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Ceux qui voulaient la poursuite des soins

  • Le père, Pierre, 90 ans, et la mère, Viviane, 73 ans. Au milieu des années 70, Viviane, mariée et mère de trois fils (Guy-Noël, Frédéric et David Philippon) travaille pour Pierre et son épouse Renée-Odette, parents de deux adolescents, Dominique et Marie-Geneviève.

Se situant « à la droite de la droite », selon ses enfants, Pierre exerce comme gynécologue. Anti-IVG, il est responsable départemental de « Laissez-les vivre ». Catholique pratiquante, Viviane, femme forte et énergique, s’est rapprochée des milieux intégristes.

  • Ce couple, un temps clandestin, se marie à la naissance, en 1982, de leur quatrième enfant, Joseph.
  • Seuls deux enfants, issus de trois lits, deux, David Philippon et Anne Lambert sont aussi de fervents catholiques, partagent ce combat pour « la vie ».

Ceux qui étaient contre l’acharnement thérapeutique

  • L’épouse, Rachel, 38 ans, infirmière, rencontrée en 2002 à l’hôpital de Longwy. Le couple, marié en 2007, vit près de Reims et donne naissance à une fille deux mois avant l’accident de Vincent.
  • Six frères et sœurs (Dominique, Marie-Geneviève, Guy-Noël, Frédéric, Marie et Joseph). Frédéric, devenu à 17 ans moine au Barroux (Vaucluse), quitte en 2009 l’abbaye proche des milieux catholiques intégristes. Il révèle un peu plus tard son homosexualité : « Ma mère m’a envoyé des livres pour que je guérisse de cette maladie. » confiera-t-il lors d’une interview.

D’après un article de « La voix du Nord » Source (Extrait)

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Vincent Lambert est décédé jeudi 11 juillet 2019 au CHU de Reims. Mais d’autres étapes attendent sa famille, qui est divisée en deux clans. « Il n’y aura pas d’apaisement », tranche François Lambert d’une voix calme au JDD. Le neveu de Vincent Lambert, après plus de dix ans de bataille judiciaire. Mais la mort de son oncle ne sonne pas la fin du conflit familial, entre ceux qui, comme lui, militaient en faveur de l’arrêt des soins et l’autre frange, qui réclamait leur maintien. 

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Et la plainte déposée contre le médecin?

Maître Jean Paillot, l’avocat des parents dénonce un « crime d’Etat ». Et de prévenir, en référence à la plainte pour assassinat déposée contre le docteur Sanchez : « L’heure des comptes viendra. »

Jeudi, le procureur de Reims, Matthieu Bourrette, a annoncé avoir ouvert une enquête en « recherche des causes de la mort » et une autopsie sera pratiquée vendredi matin à l’institut médico-légal de Paris pour s’assurer que l’arrêt des traitements a respecté la loi.

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État végétatif chronique et état pauci-relationnel ce qu’ils sont… et ne sont pas

On regroupe, habituellement, et à juste titre, dans un même ensemble deux états neurologiques consécutifs à des lésions cérébrales, dont la principale caractéristique est l’absence de possibilité d’établir un code de communication fiable : l’état végétatif chronique (EVC) et l’état pauci-relationnel (EPR).

L’état pauci-relationnel (EPR) chez un patient qui, bien que ne parlant pas, ne bougeant pas (ou peu), ne semblant pas réagir généralement aux sollicitations environnantes, va néanmoins, parfois, tourner la tête ou le regard vers un proche, cligner des yeux, agiter un membre, quand on le stimule. Il va s’agiter, ou présenter des manifestations d’allure végétative en présence de certaines personnes. Il a été montré, dans différentes études, qu’une musique appréciée, une séquence de film, une voix, une image, une photo va déclencher des réactions qui semblent appropriées à la situation. Ces réactions ne sont pas constantes, et vont varier d’un moment à l’autre. On dit qu’elles ne sont pas reproductibles, ce qui laisse un doute sur le caractère volontaire, conscient de ces réactions. Ces personnes ont également des cycles veille-sommeil. Certaines sont capables de manger, ne serait-ce que partiellement, par la bouche quand on leur présente de la nourriture. Pendant des périodes assez longues, elles ouvrent les yeux. Dans les formes les plus légères d’EPR, les personnes ébauchent des activités motrices d’allure coordonnée, finalisée. Par exemple, elles vont viser du regard la cible qui leur est présentée. Elles peuvent parfois émettre des sons inarticulés (vocalisations), des cris, dont l’interprétation est sujette à caution. Il est bien connu, du personnel soignant notamment et des proches, que la réactivité varie nettement en fonction de la personne présente près du patient. Ce qui suggère clairement que la personne EPR perçoit et intègre l’information sensorielle ou émotionnelle environnante. Elle y réagit, comme elle peut, sans parole et sans gestes. L’existence d’un certain degré de conscience ne parait pas douteuse. Pour cette raison, on qualifie ces états d’« états de conscience minimale » (ECM).