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De moins en moins nombreux pour effectuer leur tâche, les agents de contrôle du ministère du Travail font front commun contre les baisses d’effectifs. Le 16 juillet 2019, ils seront pour la première fois face à Muriel Pénicaud lors d’une réunion interne.

[…] Voilà des mois que les inspecteurs du travail, soucieux de leur avenir, espéraient sa venue, mais Muriel Pénicaud les snobait : la ministre du Travail n’avait jusqu’alors jamais présidé un comité technique ministériel – ou CTM, l’instance de dialogue social dans la fonction publique – de l’inspection du travail. «Quand Michel Sapin a annoncé sa grande réforme en 2012, il a présidé un CTM. Myriam El Khomri aussi est venue. Elle, jamais», s’agace un inspecteur du travail. […]

[…] La réunion doit aborder «les questions de réorganisation et d’effectifs», selon la direction générale du travail (DGT). […]

« On se fait engueuler »

Entre les agents de l’inspection et le ministère, les tensions ne sont pas nouvelles. En cause, les «multiples réorganisations qui ont profondément désorganisé» ce corps de contrôle chargé de veiller à la bonne application du droit du travail, souligne l’intersyndicale. 

Selon les syndicats, plus de 200 sections d’inspection sont actuellement vacantes, faute d’un nombre suffisant d’agents, soit au total, 10% des sections. […]… […] il y aurait à peine plus de 2 000 agents de contrôle en activité en équivalent temps plein.

Désormais, chacun aurait donc sous sa protection 8 400 salariés. «[…] En Auvergne-Rhône-Alpes, la plateforme n’a pu prendre que 6 000 appels sur les 36 000 reçus. Quant au service renseignements, il a régulièrement trois semaines de retard dans les mails à traiter. C’est le pendant de la baisse des effectifs. »

En mars, la CGT, la FSU et SUD ont adressé une lettre à Muriel Pénicaud, après avoir recensé six suicides et neuf tentatives de suicide depuis 2017 au sein du ministère. « On se fait engueuler par les usagers car on n’est pas disponibles. Cela pose aussi un problème de charge mentale. Il faut faire un arbitrage permanent entre ce qu’on peut faire et ce qu’on doit délaisser », […]

« Mal-être grandissant »

A la DGT, on défend une nécessaire « transformation » de l’organisation, qui passe par une priorisation des actions de contrôle menées, ou encore du numérique. La direction dit aussi veiller à « équilibrer les charges de travail» des agents. Mais pour la FSU, «la logique est intenable». En avril, la CFDT a, de son côté, demandé que les risques psychosociaux fassent l’objet d’un «véritable plan d’action». Pour la centrale, «la prévention des risques, au ministère du Travail, n’est plus une priorité». Malgré toutes ces alertes, la baisse des effectifs risque de se poursuivre. En avril, Muriel Pénicaud a d’ailleurs annoncé viser un objectif d’un agent de contrôle pour 10 000 salariés. D’autres mauvaises nouvelles sont venues confirmer les craintes des syndicats. Mi-juin, le Premier ministre a présenté son plan de «transformation des administrations centrales» qui, pour le ministère du Travail, se traduira notamment par l’intégration de plusieurs services à des «directions interministérielles dépendant des préfectures», expliquent les syndicats. «C’est la fin des services déconcentrés du ministère du Travail», résume Simon Picou, de la CGT. Les représentants syndicaux craignent que cette mutualisation n’aille de pair avec des suppressions de postes pour l’ensemble du ministère. Elle pose aussi un problème d’indépendance pour l’inspection du travail, vis-à-vis du préfet. […]

« Entraves permanentes »

[…] «Depuis deux ans, il y a une politique systématique de restriction des libertés syndicales et de la liberté d’expression», s’agace un inspecteur du travail dénoncant «[…] la chasse aux syndicalistes orchestrée depuis l’arrivée de Muriel Pénicaud à la tête du ministère». […]


Amandine Cailhol. Libération. Titre original : « Inspection du travail : qui protège les protecteurs ? ». Source (extrait)