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Le poker menteur de Pascal Lamy et de Pierre Moscovici

Tour à tour la semaine dernière, Pascal Lamy et Pierre Moscovici se sont exprimés, l’un sur France Inter, l’autre sur Radio Classique, pour défendre et vanter l’accord de libre échange signé une semaine plus tôt entre une Commission européenne en toute fin de mandat et quatre pays d’Amérique du sud dont le Brésil. L’un après l’autre, ils ont prétendu que la non-dénonciation de l’accord de Paris sur le climat par le Brésil préserverait l’Amazonie de la déforestation. En occultant le fait que l’accord de Paris n’impose aucune contrainte à aucun pays dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Pascal Lamy a été directeur de cabinet de Jacques Delors au ministère de l’Economie et des Finances après la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1981. Il occupa plus tard la même fonction auprès de Jacques Delors devenu président de la Commission européenne. Il devint ensuite commissaire européen en charge du Commerce, puis directeur général de l’Organisation mondiale du commerce(OMC). Dans le cadre de ces deux fonctions, il a favorisé l’accélération des délocalisations des productions industrielles depuis les pays développés comme la France vers les pays à bas coûts de main d’œuvre.

Cela s’est d’abord traduit par une montée du chômage dans les pays développés. S’y est ajouté une augmentation sensible des émissions de gaz à effet de serre(GES) responsables du réchauffement climatique à volume de production identique. Car ces délocalisations conduisaient à construire ailleurs les usines que l’on cassait chez nous alors que le coulage d’une tonne de béton se traduit par l’émission de 900 kilos de C02.

Mais, aux yeux de Pascal Lamy, le plus important était sans doute l’augmentation du taux de profit des firmes industrielles et commerciales. Il est vrai, pour ne prendre qu’un exemple, que 150 marques et enseignes européennes faisaient de gros profits via l’importation de vêtements bon marché fabriqués dans l’usine Rana Plaza dans la banlieue de Dacca au Bangladesh. Cette usine s’écroula le 24 avril 2013 sur le personnel au travail, suite aux vibrations provoquées par les machines dans un immeuble inadapté pour les faire tourner. Cet accident que le personnel sentait venir, au point d’avoir alerté la direction en vain, fit 1.135 morts et de nombreux blessés.

 […] Sur Radio Classique, Moscovici a déclaré jeudi dernier que l’accord de libre échange Union Européenne-Mercosur « est plutôt un bon accord parce qu’il oblige les pays sud américains, notamment le Brésil, à respecter les accords de Paris » sur le climat. […].

Sur France Inter le 1er juillet, Pascal Lamy a encore été plus net en déclarant que « cet accord comporte un chapitre environnemental qui arrime le Brésil dans l’accord de Paris. Cet accord va empêcher Jair Bolsonaro de déforester l’Amazonie», a prétendu l’ancien directeur de l’OMC.

[…] … tous les deux jouent au poker menteur quand ils prétendent que l’approbation de cet accord induit des obligations en termes de réduction des émissions de GES pour tel ou tel pays. Cet accord a pu être adopté parce qu’il vise seulement à se donner un objectif de +2°C à ne pas dépasser en terme de réchauffement planétaire d’ici 2100. Concrètement, toutefois, chaque pays est libre d’avancer à son rythme, voire à ne pas avancer du tout. Car il est possible d’interpréter à sa manière chacun des nombreux articles de cet accord délibérément rédigé de manière assez floue pour faire l’unanimité des pays signataires. […]

[…] Les ambitions JBS, géant mondial de la viande 

Les multinationales de l’agro-business au Brésil ne s’y trompent pas. Tôt vendredi dernier, le texte d’une dépêche de l’Agence France Presse (AFP) débutait ainsi : « Pendant que l’épidémie de peste porcine décime les cheptels asiatiques, les éleveurs du Brésil se frottent les mains : cet appel d’air fait bondir les exportations et pourrait même conduire à redessiner le secteur dans ce pays, un des géants mondiaux de la viande ». […]

[…]… Tereza Christina, ministre brésilienne de l’Agriculture, voyait dans ces importations de porcs brésiliens vers la Chine une « belle opportunité » pour vendre aussi du poulet et de la viande bovine à ce pays qui compte 1,4 milliard d’habitants.

Comme les exportations de viandes supplémentaires du Brésil vers la Chine vont s’ajouter à ceux prévues en direction de l’Europe par l’accord de libre échange qui vient d’être négocié, il faudra cultiver toujours plus de milliers d’hectares de soja et de maïs sur le territoire Brésilien pour produire ces viandes .Cela se traduira par une accélération de la déforestation en Amazonie . Voilà qui illustre bien le degré d’irresponsabilité des propos tenus la semaine dernière par l’ancien directeur de l’OMC comme par l’actuel commissaire européen aux Affaires économique.


[…] Gérard Le Puill. L’Humanité. Titre original : « Mercosur : Le poker menteur de Pascal Lamy et de Pierre Moscovici ». Source (Extrait)