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Tel un poisson rouge sans mémoire, le gouvernement se prépare à faire encore plus fort que la baisse de 5 euros des APL qui, en 2017, avait allumé une polémique d’enfer.

Non seulement il n’a pas renoncé à réformer le calcul des allocations logement, réalisant ainsi 1,2 milliard d’économies. Mais, après avoir envisagé d’appliquer cette réforme à la fin de 2019, il accélère le tempo.

Bercy entend désormais appliquer, dès le mois d’août, le calcul entraînant la baisse de l’APL qui sera versée le 5 septembre. Au pire moment, donc : les locataires fauchés recevraient ce coup de bambou au milieu des frais de rentrée et de scolarité à payer !

Devant ce scénario finement pensé, l’Union sociale pour l’habitat (USH), qui regroupe tous les organismes HLM, vient de tirer la sonnette d’alarme. Le 25 juin, son président, Jean-Louis Dumont, a écrit à Julien Denormandie, le ministre du Logement, pour dézinguer le calendrier: « Vos services nous ont présenté un « compte à rebours »  (…) pour parvenir à une mise en place dès août prochain de la réforme (…). Ce calendrier serré, qui plus est en période estivale, nous semble très problématique ».

D’abord, rappelle le président de l’USH, « bon nombre de ménages ne seront plus bénéficiaires ou verront leur APL diminuer. Mauvaise nouvelle pour la rentrée, qui est une période souvent délicate financièrement pour les ménages aux revenus modestes. » Et le boss des HLM de déplorer l’ « absence de communication prévue » pour prévenir les ménages, « au risque de nombreux mécontentements et incompréhensions ».

Doux euphémisme !

Car la réforme, qui consiste à prendre en compte les revenus des douze derniers mois au lieu de l’année n -2, fera 1,2 million de perdants (sur 6,5 millions d’allocataires). Comme « Le Canard » l’a raconté (5/12), la perte moyenne pour ces veinards s’élèvera à… 1.000 euros par an, selon les calculs explosifs de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) !

De quoi faire remonter quelques gilets jaunes sur les ronds-points…

Allocataires à terre

Autre motif de réjouissance : la réforme n’est techniquement pas au point. « Pour avoir toutes les données sur les revenus des allocataires (et modifier le calcul des APL), il faut qu’on les interroge, et, en plein été, c’est compliqué… » explique une huile de la Cnaf.

Les bailleurs HLM, qui perçoivent directement les APL et facturent le reliquat de loyer, en ont déjà des suées. Vu « le nombre de ménages concernés et les sommes en jeu », le volume d’erreurs promet d’exploser, s’inquiète l’USH, qui réclame un report de ce bazar.

« On attend l’arbitrage dans les prochains jours, mais Bercy met une pression d’enfer car, chaque mois de perdu pour appliquer la réforme, c’est 100 millions d’économies en moins » explique le patron d’un grand office HLM.

Macron pourrait au moins attendre le mois de novembre et l’anniversaire des gilets jaunes…


Isabelle Barré. Le Canard enchaîné. 03/07/2019