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Environ 6 millions de personnes « vivent », en France, dans la grande pauvreté (c’est-à-dire, selon les critères de l’Insee, avec moins de 684 euros par mois).

Pour combattre la misère, le pays est plein aux as de … rapports et de propositions d’ONG ou d’institutions publiques.

Dernière contribution : un « avis » de 200 pages rendu, jeudi 27 juin 2019, par le Conseil économique, social et environnemental (Cese). Son modeste objectif s’affiche en première page : « éradiquer la grande pauvreté à l’horizon 2030 ». Rien que ça ! Mais, avec toutes les formidables idées nouvelles dont fourmille ce texte, ce sera un jeu d’enfant.

La première des 24 préconisations vise à « instaurer un revenu minimum social garanti » qui remplacerait la quasi-totalité des minima sociaux et profiterait même à ceux oui ne l’ont pas demandé.

Révolutionnaire ? Dès 1987, Joseph Wresinski, le père fondateur de l’association ATD Quart Monde, avait fait accepter le principe de ce « revenu minimum » par le futur Cese. Mais l’idée, saugrenue pour l’époque, connaît bien vite un classement vertical…

Rapports non protégés

Près de trente ans plus tard, en avril 2016, le député PS Christophe Sirugue reprend le bébé. Dans un rapport remis à Manuel Valls, il appelle à imaginer une « couverture-socle commune » pour remplacer les 10 minima sociaux. A ses yeux, la complexité de ce système de minima se trouve à l’origine des trop nombreux « non-recours » des miséreux, qui reculent devant la citadelle administrative. Mais Valls a d’autres chats à fouetter, et le rapport Sirugue subit le même sort que celui du « père Joseph ». Aux dernières nouvelles, Emmanuel Macron y songe pour le début de son second quinquennat.

Riches idées

Autre proposition révolutionnaire : le Cese suggère de mieux aider les pauvres, souvent démunis devant la pléthore de guichets auxquels ils doivent s’adresser. Il s’agirait de créer un « dossier social unique » attaché à la personne. Une seule instance synchroniserait l’action des multiples caisses et opérateurs.

L’un des drames de la pauvreté naît, de fait, du délai parfois fatal entre le dernier salaire (ou la dernière alloc de chômage) versé à un futur retraité et sa première pension de retraite. Ou, dans le cas d’un déménagement, du transfert d’une caisse d’allocations à une autre. Belle idée ! Mais le conseiller d’Etat Gabriel Oheix l’avait déjà formulée en 1981, comme après lui Dominique Charvet, chargé de mission sur la précarité auprès de Pierre Béregovoy. Et toutes ces cogitations sont restées sans lendemain.

Une autre proposition du Cese, « faciliter l’accès aux loisirs » pour les pauvres, n’est pas, non plus, totalement nouvelle. Elle a été portée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz en 1996, qui revendiquait des « droits élémentaires » pour les plus démunis. Ce rêve s’est évanoui un an plus tard avec la dissolution de l’Assemblée. L’ambition de traiter dignement les miséreux en leur permettant d’accéder à la culture a pareillement disparu.

Bref, les gouvernements n’ont jamais manqué d’idées pour cette population, mais leur volonté est restée misérable.


Alain Guédé. Le Canard enchaîné. 03/07/2019