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L’Institut National du sport, de l’expertise et de la performance (Insep) est loin d’être la fabrique à champions olympiques dont rêve le ministère.


C’est ce que concluent les magistrats de la Cour des comptes dans un rapport, encore « provisoire et confidentiel », pointant « une gestion trop déficiente ».

Les 810 sportifs de haut niveau nourris, logés et… entraînés sur ce campus de 28 hectares situé dans le bois de Vincennes (coût pour l’État : 50 millions par an) ne sont pas préparés au mieux à monter sur les podiums des Jeux de Paris, en 2024. La capacité [de l’Insep] à s’affirmer comme le pôle central de la haute performance n’a été que partiellement prouvée », déplore la Cour. Et les « contrats d’objectifs et de performance » passés avec le ministère des Sports se révèlent « sans cohérence avec le calendrier olympique ».

On notera aussi « une gestion administrative et financière insatisfaisante, empreinte de graves lacunes ».

Tout ça mérite une médaille !

  • Des Jeux hors-jeu

Pour bien préparer Paris, les huiles de l’Insep étaient allées visiter Rio durant l’été 2016. Comme « Le Canard » l’avait souligné, le directeur général de l’époque, Jean-Pierre de Vincenzi, avait fait grimper l’addition de 68.700 euros pour 25 personnes à 194.000 euros !

Parmi les voyageurs, neuf n’étaient même pas des salariés de l’Insep, mais simplement des proches de ses dirigeants. Pour la Cour, cette épopée brésilienne constitue l’« un des exemples emblématiques » des «graves anomalies de gestion » de l’Insep. Fin avril, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire.

  • Un partenariat public-privé en or

Afin de rénover une partie des installations de l’Insep, l’État a signé, en décembre 2006, un contrat de partenariat public-privé pour une durée de trente ans. Montant initial : 323 millions. Facture actuelle : 410 millions.

Et ce n’est pas fini : « Des risques de surcoûts supplémentaires paraissent avérés », alertent les magistrats. Au détriment du contribuable mais au bénéfice des « partenaires privés » Vinci, Accor et Casino. Champions du monde !

  • Pas de quoi se louer

Une cadre chargée des ressources humaines a touché, en 2013, « une prime exceptionnelle de 18 561 euros ». Exactement le montant des trois mois de loyer correspondant à la prolongation (temporaire) de son hébergement à l’Insep. L’actuel responsable du « pôle accueil », quant à lui, a vu son « complément de rémunération » grossir, pour atteindre pile-poil le montant de la redevance d’occupation d’un appar­tement de près de 80 m2. Depuis, « pour nécessité absolue de service », il occupe le même logement, mais… gracieusement. Un « bénéfice artificiel », s’indigne la Cour. Jaloux…

  • Une com’ bien dopée

Huit personnes assurent la communication interne et externe de l’Insep. Mais, en février 2018, le directeur général, Ghani Yalouz, conclut un marché avec la société de com’ Sport Intelligence pour 433 080 euros. « La Cour s’interroge sur l’effectivité et l’intérêt réel des prestations attendues », et soupçonne l’actuel patron de l’Insep de vouloir faire travailler des potes.

Car Yalouz (qui, comme d’autres dirigeants de l’Institut, n’a pas souhaité répondre au « Canard ») connaît bien plusieurs cadres de Sport Intelligence. A l’instar du fondateur de cette boîte, il est élu au conseil d’administration d’une association d’insertion par le sport. Et son ami, cadre technique au sein d’une fédé sportive, dispense des formations de manageur du sport à l’Insep.

Didier Hassoux. Le Canard enchaîné. 26/06/2019


Une agence pas très sport

La nouvelle Agence nationale du sport, véritable annexe du ministère du même nom, encouragerait-elle la culture du secret ? Chargée, entre autres, du « haut niveau » et de la préparation des Jeux olympiques 2020 et 2024, elle phosphore depuis près de deux ans mais a vu son existence officialisée il y a seulement quelques jours.

Résultat : son numéro trois, l’entraîneur multi-médaillé Claude Onesta (affecté à la « haute performance »), n’a toujours pas de contrat de travail. Pourtant, il perçoit un salaire (« un complément de rémunération », précise le ministère) de près de 3.000 euros mensuels. Le payeur ? La Fédération française de handball, qui n’est pourtant plus son employeur depuis 2017.

Les critiques contre l’Agence tombent en pleine fronde du mouvement sportif contre le gouvernement. Au début du printemps, celui-ci avait décidé de réaliser des économies en privant de leur statut de fonctionnaire la moitié des 3.200 « cadres techniques sportifs » mis à la disposition des fédérations.

Prenant acte de la grogne générale, la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a décidé de suspendre la décision. Mais la grogne a continué : devant le Conseil d’Etat, l’existence même de l’Agence vient d’être contestée par un collectif… d’inspecteurs généraux de la Jeunesse et des Sports, qui attaquent ainsi leur propre ministre (une grande première).

Le Medef sur le podium

Parmi leurs griefs, le fait que cette structure prive le ministère d’une grande partie de ses prérogatives. Les protestataires contestent également la composition de l’Agence, laquelle regroupe des représentants de l’État, des collectivités locales, du mouvement olympique et… du Medef. Mais aussi des personnalités qualifiées dont le choix intrigue, tel Olivier Ginon, le président du groupe organisateur d’événements GL Events, qui, en 2016 et en 2017, avait multiplié les « prix d’ami » (location de salles, matériel) au candidat Macron…

Quel que soit l’avis du Conseil d’État, l’avenir de l’Agence n’inquiète plus la ministre. Laquelle a fait légaliser son existence à la faveur du projet de loi ratifiant une ordonnance sur… les voies de circulation réservées pour les JO de 2024. Pas très fair-play, mais puisque, en sport, désormais, seul le résultat compte…

Article signé des initiales J.-F. J.. Le Canard enchaîné. 26/06/2019


La fédé d’athlétisme sur une mauvaise piste

L’athlétisme français est en plein boom : un nombre de licenciés en hausse, quelques grands champions et une gestion… artificiellement dopée ! Un rapport « provisoire et confidentiel » de la Cour des comptes d’une soixantaine de pages fait état « de fortes interrogations quant à la régularité et à la sincérité des états comptables et financiers » de la Fédération française d’athlétisme (FFA).

Celle-ci, soupçonne la Cour, aurait enregistré des produits fictifs pour camoufler un déficit de plus de 1 million d’euros. Elle affirme, par exemple, détenir une créance de 300.000 euros du groupe Areva, ancien sponsor majeur de l’athlé. Mais les magistrats n’ont trouvé trace que d’un vague « projet de partenariat », non signé, entre les deux parties.

Même situation avec d’autres partenaires privés ou institutionnels. « A défaut de jus­tifications précises et documentées », la Cour « pourrait être amenée » à saisir la justice administrative et pénale.

Notamment visé, le directeur financier de la FFA, en poste depuis 2001: son revenu, soulignent les magistrats, est constitué par les prestations (vendues à la Fédération) de la société de consultants dont il est le patron et le seul salarié. Entre 2014 et 2017, il a perçu, chaque année, entre 122.300 et 126.000 euros. Plus une « revalorisation annuelle liée au coût de la vie » (7.000 euros en 2017, par exemple), calculée par le bénéficiaire lui-même !

Pour la Cour, pas de doute : le directeur est « de facto salarié de la Fédération ». Une astuce qui a «pour effet, sinon pour objet », de faire économiser pas loin de 600.000 euros de cotisations sociales à la FFA. Champion !

Pas très sociaux non plus, les contrats passés par la FFA avec ses neuf « ambassadeurs » du sport, d’ex-stars de l’athlétisme, qui perçoivent de 15.000 à 100.000 euros par an, selon leur poids médiatique. La Cour suggère de «procéder au recouvrement (majorations et pénalités comprises) des cotisations dont aurait dû s’acquitter la FFA ».

Et au sprint, s’il vous plaît !


Article non signé. Le Canard enchaîné. 26/06/2019