L’État nous canule avec la canicule

L’emballement médiatico-politique suscité par la canicule est saisissant et un jour viendra où, face à pareille situation, l’État cessera de nous donner des conseils et prétendra nous dicter nos comportements, s’inquiète Olivier Babeau.

Il fait chaud, très chaud. Ne nions pas le danger, les victimes, imprudentes ou délaissées, qu’on a pu déplorer et qu’il serait heureux d’éviter.

Périodiquement, le temps qu’il fait quitte le domaine du bavardage devant la machine à café pour atteindre la une des journaux et les bandeaux des chaînes d’information. L’emphase est alors de mise. Aucune menace de conflit armé n’est assez forte pour entamer le monopole de la canicule dans nos médias. Elle a son équivalent hivernal. Lorsque deux flocons tombés à terre tétanisent le pays, bloquent les routes, ferment les écoles et vident les bureaux de bonne heure.

La canicule a été attendue comme un tsunami. Tout s’arrête. Les examens sont repoussés. Chacun attend, le souffle coupé, réfugié dans un des « lieux frais » indiqués par la mairie de Paris comme autant d’abris souterrains durant des bombardements.

Les brumisateurs ont remplacé les masques à gaz. Miracle des temps difficiles : les églises elles-mêmes retrouvent grâce aux yeux de l’exécutif qui les classent dans la catégorie des lieux rafraîchis. Le coup de chaleur, évidemment, est d’abord politique.

Depuis 2003, plus aucun ministre ne se risque à se faire interviewer en polo au bord de sa piscine. Il faut être aux avant-postes, aller de PC de crise en services d’urgence, d’Ehpad en fontaines publiques. Le Français a besoin de voir les images de ses responsables mobilisés, tenant fermement la barre dans la tempête.

Coup de chaleur médiatique aussi, […] la chaleur, ressentie par tous, est formidablement plus proche pour le spectateur qu’une crise iranienne bien peu télégénique. Est-il encore possible de dire que tout cela est quelque peu excessif ?

[…] Pour éviter les messages lénifiants conseillant, quelle surprise, de « boire », rester à l’ombre et d’éviter les marathons en plein soleil, on peut toujours éteindre sa radio et sa télévision.

[…] … la logique bien connue du parapluie qui s’exprime : on met en garde de toutes les façons possibles afin que nul ne puisse être accusé de négligence. Bon. Mais se déclenche ainsi un cercle vicieux par lequel plus on protège, plus on habitue à tout attendre et plus la protection devient nécessaire. Les conseils perdent leur effet à force d’être ressassés. Ils deviennent une petite musique banale à laquelle on ne prête plus attention.

[…] C’est l’histoire de l’enfant qui criait au loup : si tout est danger, si chaque saison n’est qu’une succession de périls, si les « alertes » sont systématiques, alors plus personne n’y prendra garde.

Mais le vrai risque est ailleurs. Il est qu’on finisse par interdire ce que l’on déconseille, et par rendre obligatoire ce que l’on recommande. La coercition est l’aboutissement inéluctable d’un mouvement qui s’attache à nous protéger, y compris de nous-même. Plus l’État s’oblige vis-à-vis de nous, plus il veut devenir dans le même temps notre directeur de conscience.

Le contrat que nous avons conclu avec l’État est faustien : en échange de son aide, nous lui vendons notre âme. Faire de nous d’éternels mineurs justifie son utilité. La puissance publique devait être un concierge s’assurant de la tranquillité du voisinage et de notre sécurité, elle s’improvise en guide spirituel. Parce qu’elle a trouvé utile d’être tenue responsable de tout, et parce que nous sommes si nombreux à le souhaiter, elle est obligée d’encadrer nos actions. Il n’y a pas de protection sans formes de contrôles. […]


Olivier Babeau Olivier. Le Figaro. Titre original : «Canicule : l’État nounou transforme tous les Français en éternels mineurs » sources (extrait)


2 réflexions sur “L’État nous canule avec la canicule

  1. fanfan la rêveuse 29/06/2019 / 15:11

    Bonjour Michel,
    Oui je trouve cela très excessif aussi…
    Pour la première fois depuis 17 ans que j’exerce dans le domaine de la petite enfance, j’ai reçu dans ma boite mail des recommandations pour cette période de forte chaleur. J’ai souris doucement, me disant l’an passé nous avons eu près de 40°, je ne vous ai pas attendu pour savoir ce que j’avais à faire 😉
    Désire t’on infantiliser les français ?
    Le monde ne s’arrête pas de tourner aux premières grosses chaleur…Il suffit de s’adapter !
    Très bonne après-midi à vous Michel, bien au frais derrière les volets clos et avec de l’eau à volonté 😉 🙂

  2. jjbey 29/06/2019 / 17:05

    Période difficile de surchauffe qui tombe bien et on met ainsi les ministres qui…

    On ne parle que très peu des pompiers en grève et des urgences dans le même état pourtant dans cette période c’est bien au dévouement des ces personnels que nous devons la préservation de notre intégrité physique.

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