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Antibiotiques, vaccins, anesthésiants, antiépileptiques, anticancéreux… la liste des produits pharmaceutiques en situation de rupture de stock ne cesse de s’allonger.

Un phénomène récurrent et massif, non sans conséquences sur notre santé.

En 2017, 530 médicaments, pourtant dits « d’intérêt thérapeutique majeur », ont été en rupture de stock.

Un record ! Dix fois plus qu’il y a dix ans !

Contraints de reporter leur traitement, de le modifier, d’y renoncer ou de l’arrêter complètement, les malades pâtissent de plus en plus de cette situation anxiogène. Elle équivaut, pour eux, à une vraie perte de chance, « a fortiori » en l’absence de substitut, pouvant aller jusqu’à mettre en jeu leur pronostic vital. Pour le président de France Assos Santé, Alain Michel Ceretti, ces pénuries constituent également « une menace potentielle pour la santé publique ».

Exemple avec le Sinemet (lévodopa/carbidopa), traitement phare de la maladie de Parkinson, pris par 45.000 personnes et difficilement trouvable, voire introuvable pour certains dosages, car l’unique usine le produisant aux USA a dû fermer… Ou encore le 5FU (ou vincristine), utilisé dans le cancer du côlon, fabriqué par trois laboratoires présentant régulièrement des ruptures de stock…

Une pénurie organisée ?

« La pénurie ne concerne pas les innovations thérapeutiques récentes, qui coûtent très cher, mais des vieux médicaments, pas très chers et rapportant peu. Les labos ne souhaitent pas continuer à travailler avec des bénéfices modestes. C’est une question de rentabilité financière », affirmait le Pr Jean-Paul Vernant, hématologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière m, dans l’émission État de santé sur LCP(2)

« Quand le principe actif est produit dans une seule usine au monde ou quand il y a même un seul façonnier, cela crée une dépendance terrible », ajoutait-il. Car, pour optimiser ses coûts de production, l’industrie pharmaceutique délocalise et produit à flux tendu, ce qui fragilise la chaîne du médicament. S’y ajoutent une demande mondiale qui explose, la concurrence internationale ou encore le problème du sous-financement des médicaments.

Jugeant les industriels « très largement responsables », France Assos Santé réclame « une régulation  plus efficace de la part des autorités sanitaires nationales et européennes » ainsi qu’une « information claire et transparente » sur les causes des ruptures de stock et leur gestion.

Les sénateurs ont émis une liste de 30 propositions, à l’automne dernier : rendre public l’historique de rupture d’approvisionnement pour chaque entreprise, inciter une production pharmaceutique de proximité, etc.

Pour empêcher la pénurie, Jean-Paul Vernant préconise aussi de « relocaliser la production de principes actifs en France et négocier avec des façonniers français afin qu’ils utilisent ces substances pour faire un produit fini à un prix raisonnable ».

Et de citer en exemple ces près de 500 hôpitaux américains qui ont décidé, en septembre dernier, de lancer leur propre société pharmaceutique, Civica Rx.


Séverine Bounhol. Revue Valeurs Mutualiste N° 316


(1) En 2016, lui et 109 autres cancérologues ont lancé une pétition contre le coût exorbitant de certains produits.

(2) Médicaments pourquoi la pénurie nous menace ?, diffusée le 10 février 2019.