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Selon l’ONU, deux tiers  de la population mondiale seraient exposés d’ici 2030 à une pénurie d’eau.

Connaissez-vous l’empreinte hydrique mondiale moyenne ?

  • 4.150 litres d’eau par jour et par personne.
  • 150 litres pour notre douche ou la cuisine (eau domestique) et tout le reste dans le chariot de supermarché : notre alimentation.

Mais aussi tout ce que nous utilisons, de notre ordinateur à notre lampe, du jean que nous enfilons à la voiture que nous conduisons. « En achetant nos biens de consommation, nous oublions que nous avons pris de l’eau à quelqu’un quelque part », pose Pascal Maugis, chercheur en sciences du climat et de l’environnement à l’Institut Pierre Simon Laplace, réunissant sept laboratoires en Île-de-France.

Et de rappeler la répartition de l’eau dans nos usages mondiaux : 70% pour l’agriculture, 20% pour l’industrie, environ 10% d’eau domestique.

Poids des usages et nouvelles habitudes alimentaires

Spécialisé dans les ressources en eau et le changement climatique, Pascal Maugis explique que, malgré une inégalité des ressources en eau sur la terre, l’environnement et l’homme y étaient adaptés depuis toujours. Or; deux facteurs sont venus fortement perturber cet équilibre: l’industrialisation des usages humains (source du changement climatique) et l’explosion démographique.

Les faits sont à présent désastreux : plus de 60% de l’humanité vit déjà dans des zones de stress hydrique (1.700m3 d’eau douce par habitant et par an) ou de pénurie d’eau (11.000 m3 hbt/an), dans un arc allant du Maroc aux grandes plaines du nord de la Chine.

Certains pays sont encore en deçà de ces seuils : « L’Égypte disposé de 700 m3 par habitant et par an, utilise 90% de l’eau pour l’agriculture et connaît une démographie exponentielle : en 2030, ses habitants seront 120 millions, ce qui fera tomber la ressource en eau à 500 m3 », pointe Alain Boinet, fondateur de Solidarités International (1), une association humanitaire intervenant dans les situations d’urgence sur l’accès à l’eau potable, l’assainissement, mais aussi la question de la sécurité alimentaire.

Selon Pascal Maugis, la première cause de déséquilibre vient des changements d’habitudes alimentaires : « Une grande partie du Maghreb, mais aussi du Moyen-Orient et de l’Inde, de la Chine et des États-Unis, a développé une agriculture d’exportation massive, irriguée en puisant dans les réserves fossiles, résultat d’une demande nouvelle de la population. »

Les zones pluviales du monde (essentiellement tropicales : Brésil, Asie), qui pratiquaient l’agriculture vivrière, se sont également transformées sous l’effet de la mondialisation : les forêts ont été converties pour fabriquer de l’huile de palme ou planter de la canne à sucre destinée aux agro-carburants.

Des conséquences environnementales et humaines dramatiques

Conséquence : les paysans chassés de leurs terres ne produisent plus ; dans un mouvement de globalisation, les populations modifient leur consommation et deviennent extrêmement dépendantes de l’importation… Le tout multiplie de façon considérable la demande en eau.

Les impacts des nouvelles pratiques humaines sont localement très forts : « Une brasserie ou une usine de soda puisent massivement dans l’eau en Inde avec autorisation de l’État contre subsides, tandis que, alentours, les puits des paysans s’assèchent. En Turquie, la rivière est pompée pour le tourisme. En Chine, le fleuve Jaune a été vidé un temps pour l’irrigation. En France, des rivières sont intermittentes ou disparaissent, tandis qu’en montagne les canons à neige concurrencent le remplissage des réservoirs de soutien du niveau des rivières pour l’été », énumère Pascal Maugis.

Le stress hydrique peut être renforcé par une situation de catastrophe « C’est le cas au Mozambique qui vient de connaître un cyclone. »

« Dans le monde, 2,6 millions de personnes meurent chaque année des suites de maladies liées à une eau insalubre. Le choléra, notamment, se développe à une vitesse foudroyante. », signale Alain Boinet. Autre répercussion : la pénurie d’eau renforce des conflits entre certaines catégories de population ou communautés  (zones urbaines/rurales, agriculteurs/éleveurs…), pouvant aller de tensions diplomatiques à des massacres de population comme autour du lac Tchad, du Nil, au Kenya ou encore en Asie centrale…

Rechercher le bien commun

Parmi les solutions concrètes, citons celle mise en place à Kidal (Mali), où la pluviométrie varie de 75 à L50 ml par an. Solidarités International y a développé, depuis 20L3, des pompes immergées fonctionnant grâce à des plaques photovoltaïques : les châteaux d’eau sont désormais toujours pourvus et les éleveurs n’utilisent plus le bétail pour tracter l’eau dans le sous-sol : « Nous avons travaillé avec les leaders communautaires, les associations locales, détaille Alain Boinet.

Notre aide répond aux besoins des personnes mais aussi pacifie les relations entre Arabes, Touaregs et Peules. Les populations doivent ensuite mettre en place une gestion communautaire de l’eau par village, en définissant son prix, qui reçoit et garde l’argent, et assurer la maintenance. C’est aussi l’organisation sociale qui est en jeu dans les différents usages de l’eau quand les pouvoirs publics sont absents. »

D’après Pascal Maugis, « nous ne pourrons pas agir de manière suffisante, mais nos sociétés ont néanmoins l’opportunité d’œuvrer d’une façon qui nous grandisse en tant qu’espèce, dans le partage, la recherche du bien commun ». IL regrette que le contrôle démographique – indispensable – soit un sujet peu abordé et l’insuffisante réflexion quant à nos habitudes de consommation : « Le bras de levier que représente l’alimentation carnée est pourtant énorme. Nous devons irriguer moins de plantes servant à nourrir les animaux d’élevage destinés à notre consommation… ».

Autre piste notre usage énergétique, effréné notamment dans les pays développés. Les centrales électriques (nucléaires, gaz, charbon…), souvent installées le long des fleuves dont l’eau est pompée pour les refroidir, pourraient être déplacées le long du littoral, à l’abri des tempêtes. « Chaque territoire doit composer avec ses ressources en renonçant à certains usages ou en optant pour des usages moins gourmands », conclut l’hydrologue.

Isabelle Guardiola. Revue Valeurs Mutualiste No 316.

  • Membre du Partenariat français pour l’eau (PFE).