Il veut faire sauter les banques

Mark Zuckerberg est un génie. Il a créé Facebook, qui rassemble aujourd’hui 2,4 milliards d’amis. Avec Libra, sa crypto monnaie annoncée en grande pompe ce mardi, il compte révolutionner la finance.

Ce sera formidable. Dès l’année prochaine, chaque ami Facebook pourra se créer un compte et, d’un clic, envoyer des fonds sans frais, sept jours sur sept, à l’autre bout du monde ou de l’autre côté de la rue. Il suffira d’avoir un portable et un portefeuille numérique. Tous les internautes qui en ont marre du cash; des banquiers, de leurs commissions à répétition et de leurs crises mondiales déclenchées à coups de subprimes se jetteront dessus. Tout sera sécurisé par des « blockchains », ces fameuses infrastructures qui rendent toute transaction inviolable.

Le Libra ne sera pas instable comme le Bitcoin mais adossé à des devises sérieuses : le dollar, l’euro, la livre sterling, le yuan. Pas moins de 28 groupes tout ce qu’il y a de plus solides, comme Visa, MasterCard ou Uber, ont mis chacun 10 millions de dollars sur la table pour faire partie de la fondation Libra. Elle a déjà son siège en Suisse, le pays des banquiers au grand cœur. En France, c’est Xavier Niel, le patron de Free et actionnaire du « Monde », qui a mis la main à la poche pour en être. Que des amis de l’humanité, de la libre entreprise et de la modernité !

On s’étonne que cette nouvelle monnaie fasse polémique. Il y a ceux qui disent que c’est le privilège des États que de battre monnaie et craignent que Facebook ne devienne l’égal d’un État. Il y a des banquiers qui ont peur pour leur position mais demandent à voir (après tout, mieux vaut accompagner le mouvement que d’être largué). Il y a ceux qui s’effraient à la pensée que les mafias de tous ordres vont pouvoir ainsi soustraire leurs flux d’argent sale à tous les regards.

Une chose est sûre : depuis le scandale de Cambridge Analytica, qui a transformé 87 millions d’« amis » en cibles publicitaires d’une campagne pro-Trump, Facebook a montré de quoi il était capable : monnayer sans foi ni loi les montagnes de données personnelles qu’il engrange en permanence sur près du tiers de l’humanité. Avec sa crypto monnaie, Facebook y ajoutera des données financières. D’où « une mainmise d’une ampleur encore inégalée » qu’« il faut arrêter de toute urgence », avertit le pourtant très libéral Gaspard Koenig (« Les Échos », 5/6). Nombreux sont les Américains qui proposent de démanteler Facebook (et les autres géants du Net) : d’Elizabeth Warren, la candidate démocrate, à Chris Hughes, cofondateur de Facebook, en passant par des membres du Congrès, qui ont ouvert des enquêtes antitrust.

Pas de quoi inquiéter Zuckerberg. Reçu par Macron début mai, il est sorti tout sourire de l’Élysée…


J.- L. P. – Le Canard enchaîné. 19/06/2019


5 réflexions sur “Il veut faire sauter les banques

  1. bernarddominik 20/06/2019 / 21:46

    C’est un danger modéré pour les banquiers (qui proposeront peut être des comptes en libra), car à un moment il faudra convertir les libra en euros, et comme le cours du libra n’est pas fixe par rapport à l’Euro, il risque d’y avoir de mauvaises surprises et en tout cas des commissions, la manipulation du cours par Facebook n’est pas à exclure. Peut être pratique pour transférer des fonds et donc pour blanchir frauder… Reste à savoir si les états vont accepter des transactions en libra, donc hors TVA et hors de contrôle.

  2. fanfan la rêveuse 21/06/2019 / 07:12

    Bon, plutôt sceptique tout comme le bitcoin…

    • Libres jugements 22/06/2019 / 11:33

      Bonjour Françoise
      N’y a-t-il pas dans votre Picardie aussi une monnaie locale ?

      J’avoue m’interroger sur ce phénomène tant qu’il reste en locale et permet aux producteurs et entreprises locales, de vivre plus confortablement hors des circuits des grands groupes de distribution.
      Mais voyez-vous Françoise malgré mes interrogations je n’ai pas une réponse formelle

      Bonne journée
      Michel

      • fanfan la rêveuse 24/06/2019 / 09:02

        Je vous avoue ne pas être au courant si nous avons notre monnaie locale 🙂

  3. jjbey 21/06/2019 / 22:28

    Pourquoi pas une monnaie qui verrai sa valeur basée sur le travail?
    Ceux qui créent des richesses en reçoivent.
    Ceux qui aident à leur création aussi, ceux qui ont aidé à leur création aussi, ceux qui sont malade aussi, ceux qui…..aussi. seuls les actionnaires n’en auraient pas.
    Pourquoi, parce que dans cette société il n’y aurait pas d’actionnaires et les moyens de production et d’échanges seraient la propriété du peuple….Je rêve……………….

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