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Les camps sont divisés, aux lectrices, lecteurs; chacune, chacun est en droit de s’en faire une opinion … toujours est-il que cela fait le bonheur (électoral) de l’Élysée. MC

Laurent Wauquiez

Dessin de Kiro – Le Canard Anchainé – 05/06/2019

Comment appelle-t-on un partisan de Laurent Wauquiez ? Silence radio. Un député européen se racle la gorge, un sénateur répond qu’il s’en fiche, un maire dit : « Ah ben… » Ils écarquillent les yeux, Les Républicains. Sais pas, tu parles d’une colle, un wauquiezien, peut-être ? un wauquieziste ? Ils ne s’étaient même jamais posé la question.

Les vieux loups LR n’en ont pas moins pris des airs contrits, dimanche soir, pour rendre hommage au défunt. La voix se voile, la mine se fait grave. On lui a trouvé de l’élégance, à « Laurent », de la densité et, surtout, de la dignité. C’est important, la dignité. Très beau, ton « les victoires sont collectives, les défaites sont solitaires ». Splendide, ton « je ne veux pas être un obstacle, à aucun prix ». C’est chouette comme du Stéphane Fouks, émouvant comme du Anne Méaux.

Les jeunes, eux, n’ont pas pris de gants. Maël de Calan, l’élu de Roscoff, dans le Finistère, s’est précipité pour jeter la première pelletée de terre sur le cercueil du patron. Maël de Calan n’a pas 40 ans, il a une bonne bouille, des petites dents blanches et acérées, il est première gâchette chez Pécresse : « Son départ signe l’échec d’une stratégie de repli sur soi, d’une ligne politique populiste et d’un style profondément sectaire. Le Benoît Hamon de la droite aura entraîné dans sa chute notre famille politique. » Et deux ennemis mortels d’un coup, deux !

Image et désert

Calan s’en moque, il est déjà dans le circuit depuis huit ans, il a brigué la présidence du parti il y a deux ans et s’est ramassé, mais il se croit, lui aussi, promis aux plus hautes destinées. Il a déjà dit qu’il était « Macron-compatible », ce qui ne peut pas nuire.

Wauquiez a cru jusqu’au bout sauver les meubles. « Son entourage essaie aujourd’hui de faire croire qu’il a pris sa décision rapidement après la défaite, mais c’est faux. Il se voyait rester, protégé par les statuts du parti, qui rendaient quasiment impossible sa destitution, et par la désunion des troupes. Sa proposition d’états généraux et son idée de « tout remettre à plat » ont été perçues par tous comme une volonté de gagner du temps, donc de se battre », raconte le patron LR d’un conseil départemental, bien décidé à rester au parti.

« Beaucoup d’hommes politiques sont handicapés par une image dégradée, mais le cas de Wauquiez est spécial. Le rejet est massif, la certitude d’avoir affaire à un menteur pathologique est très ancrée, même au sein d’une partie non négligeable de l’électorat de droite. L’affaire dite « du bullshit », où il avoue, sans savoir [qu’il est] enregistré, que tout ce qu’il raconte publiquement est faux, archifaux, a été sous-estimée. Ses conséquences sont encore aujourd’hui catastrophiques », analyse un communicant parisien. Le même poursuit : « Il s’est retrouvé seul, et les rares qui le soutenaient se réjouissaient de son extrême faiblesse. Finalement, [l’unique façon, de rebondir et de se laver de cette image détestable, c’est d’accepter une traversée du désert et de bien la mettre en scène. C’est ce qu’il fait, maintenant. »

Depuis son avènement à la tête du parti, il y a dix-huit mois, il a fait tout ce qu’on lui disait. Va sur le terrain, parle aux « gens », fais-toi connaître. Il a fait la tournée des popotes, répété mille fois qu’il était « sincère », accepté des tonnes de selfies avec les « gens », enfilé un gilet jaune puis assuré qu’il ne l’avait jamais porté, c’était plus fort que lui.

Mouroir déformant

A son entourage, qui tentait de le mettre face à son image dégradée, il concédait parfois « des petites merdouilles », rien de grave, j’en fais mon affaire. Agacé, il finissait fréquemment par un « vous me faites doucement rigoler ». S’ensuivait une sortie sur sa popularité chez les militants (enfin, ceux qui restaient) et sur son ancrage en Auvergne-Rhône-Alpes. « Invariablement, on finissait par un discours du type : « Ce que je fais en Rhône-Alpes, je le ferai pour la France », et il n’y avait plus rien à ajouter », raconte, amer, un ex-wauquieziste.

Les rares qui osaient évoquer le bureau politique déserté, transformé en mouroir, n’entendaient que des diatribes sur les « traîtres », ceux qui ont trahi, ceux qui sont en train et ceux qui se préparent. Muselier n’en pouvait plus, Pécresse aiguisait ses couteaux et Robinet sortait les flingues.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 05/06/2019