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Commémorer le débarquement du 6 juin est bien évidemment une chose nécessaire, même si cela fait 75 ans que cet événement a eu lieu. C’est toute autre d’accueillir les bras grands ouverts, le Donald Trump, triste sire parmi les tristes sires.

Derrière l’apparat, le thé avec la reine Élisabeth II et le banquet hier soir à Buckingham Palace, c’est un Donald Trump très à l’offensive et soucieux de faire franchir un palier à sa stratégie nationale-libérale qui a entamé sa visite officielle à Londres. Supporter du Brexit dès l’origine, il veut enfoncer le clou d’une séparation « hard » du Royaume-Uni d’avec l’Union européenne (UE). Ainsi a-t-il pris parti en faveur de Boris Johnson, le trublion ultraconservateur, qui ferait, dit-il, « un excellent premier ministre » en lieu et place d’une Theresa May démissionnaire qu’il voue aux gémonies. Et comme s’il était besoin de balayer tout risque d’ambiguïté sur la place qu’il entend donner à Londres dans son nouvel ordre national-libéral, il pousse un peu plus loin le casting et la provocation en avançant que son ami Nigel Farage, le très populiste initiateur du Brexit, chef de file du parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, serait « le meilleur négociateur » de la sortie de l’UE avec Bruxelles.

Une ingérence dangereuse

Donald Trump veut s’appuyer sur le succès de ses alliés nationalistes au sein de l’UE pour se débarrasser de toute velléité de coopération européenne qu’il considère comme un obstacle à ces négociations en bilatérales, forcément plus favorable aux deals commerciaux ou militaires qu’il recherche pour rendre leur position dominante aux États-Unis. En rupture avec l’UE, la Grande-Bretagne constitue une pièce maîtresse à ses yeux. D’où son insistance à développer « la relation spéciale » qui existe déjà entre Washington et Londres. Mais à laquelle il souhaite donner une dimension inédite.

Trump aimerait transformer cette relation pour qu’elle constitue le fer de lance d’une fuite en avant libérale fondée sur un vaste accord de libre-échange entre les deux pays, un dumping fiscal, social, environnemental et, sans doute aussi, monétaire (avec la dévaluation de la livre) pour renforcer la compétitivité des firmes britanniques comme états-uniennes sur le Vieux Continent.

Cette ingérence aussi dangereuse pour les équilibres européens que dans sa conception ouvertement xénophobe et antisociale est proprement « inacceptable pour notre démocratie », a dénoncé Jeremy Corbyn, le leader du Parti travailliste, principale force d’opposition. L’acuité de la menace n’a pas échappé à nombre de citoyens britanniques. Ils manifestaient en nombre hier et continueront de le faire tout au long de la visite du président américain en clamant leur hostilité à sa personne mais surtout leur volonté d’empêcher le retour vers le futur d’un nouvel ordre dominé par l’Oncle Sam.


Bruno Odent. Titre original : « National-libéralisme. Trump fait son casting à Londres ». Source