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A l’issue de son adoption par le Sénat, le gouvernement a considéré le projet de loi d’orientation des mobilités (LOM) comme « une réponse forte aux fractures territoriales et sociales qui minent notre pays depuis des décennies ». C’est raté.

On est bien loin de la révolution espérée lors des assises des mobilités. On prend les mêmes et on recommence : modes de transport les plus polluants favorisés (aérien, fret routier), mobilités à deux vitesses, vues d’un seul bout de la lorgnette avec des villes bien servies et la ruralité démunie. […]

Qu’on se le dise : les ruraux sont condamnés à devoir utiliser leurs voitures individuelles. Et à se débrouiller pour le reste. […]

Bien sûr, le projet de loi porte des mesures intéressantes, en particulier la couverture de l’ensemble du territoire d’autorités organisatrices des mobilités (AOM), dont la généralisation permettrait de couvrir l’essentiel des espaces peu denses, soit le rural, une partie importante des zones périurbaines et des quartiers enclavés dans les espaces urbains.

Le projet de loi apporte par ailleurs des solutions pour la régulation des nouvelles mobilités (trottinettes, vélos, scooters, VTC…) et le développement des mobilités partagées (covoiturage, autopartage, transports à la demande…). Mais, comme d’habitude, un manque essentiel menace ce bel équilibre de papier : les financements adéquats pour garantir une politique ambitieuse et juste pour tous les territoires.

La programmation des infrastructures ne reprend pas entièrement les préconisations du Conseil d’orientation des infrastructures et des projets attendus de longue date sont encore repoussés.

[…] La question des moyens touche également les dotations aux futures AOM : les collectivités ne pourront pas proposer des services ambitieux à l’échelle de leurs bassins de mobilité. Une nouvelle compétence leur a été déléguée mais sans moyens pour l’exercer, alors même qu’elles souffrent déjà de la fracture territoriale.

Conforter un financement pérenne et suffisant pour les espaces peu denses est indispensable, car ces politiques nécessitent une ingénierie très qualifiée mais également de contribuer partiellement au fonctionnement des services. C’est dans cette perspective que le Sénat a voté un dispositif fiscal spécifique à ces collectivités1. Mais l’idée est déjà mort-née, supprimée par l’Assemblée nationale, avec bien sûr la promesse de trouver une solution… plus tard. […]


Rédaction de l’article par un Collectif pour Alternatives économiques. Titre original : « Loi mobilités : pas encore votée et déjà une victime, la ruralité ». Source (Extrait)