Étiquettes

[…] …les municipales ne sont pas des européennes…

Les habitants jugeront leurs maires sur leurs bilans. Et si l’envie de renouvellement persiste, le label En marche ne suffira pas à mettre à l’abri du désir d’alternance un maire qui en serait à son troisième ou quatrième mandat. […] Il y a ensuite des ressorts politiques spécifiques qui ne joueront plus de la même manière.

C’est un fait que la liste Loiseau a bénéficié d’un vote utile massif d’un électorat de droite modéré qui voulait éviter à tout prix que la liste Bardella finisse en tête. Ce ne sera plus le cas à des municipales où, singulièrement dans les grandes villes, le RN obtient des résultats plus faibles, voire très faibles (7,2 % à Paris, 7,9 % à Rennes, 9,4 % à Bordeaux…).

Il serait enfin paradoxal que le macronisme, construit sur le dépassement de clivages qu’il juge artificiels, et sur le rassemblement autour de projets utiles au pays, et donc demain, à des villes, encourage au rétablissement d’un nouveau clivage sur le mode: qui n’est pas avec moi à l’échelon local est contre moi au niveau national.

Il avait déjà été maladroit de la part de La République en marche de prévenir les maires en place qu’un soutien du parti présidentiel aux municipales supposait obligatoirement un soutien de leur part à la liste Loiseau aux européennes. Il est encore plus inouï que le député européen Gilles Boyer, titulaire de son tout premier mandat – par la grâce de la composition d’une liste – depuis quatre jours, prévienne qu’un maire «qui serait élu sans l’apport de LREM et du MoDem serait un ennemi pour le président en 2022». […]

Si la tentation est forte de projeter les résultats des européennes sur les prochaines municipales, il ne faut pas oublier que les électeurs prennent en compte la spécificité de chaque scrutin.


Guillaume Tabard. Le Figaro. Titre original : « Européennes-municipales: l’impossible extrapolation ». Source (extrait)