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Ces dames et sieurs perdant toutes Élégance dès qu’ils ont tourné le dos au concert public (ou qu’ils croient que personne ne les entends).

Un pot-pourri pas mal pourri

La poutre et la gueule de l’autre

Devant ses proches, le 27 mai au matin, le Premier ministre a eu le triomphe moins modeste que la veille au soir face aux caméras de télévision. Il n’a pas caché qu’il était satisfait de voir Les Républicains, son ancienne famille politique, s’effondrer, avec le score de 8,5 % que l’on sait.

« Qu’est-ce que j’ai pas entendu quand les maires (LR) de Toulouse ou (ex-LR) de Reims ont apporté leur soutien à Bellamy ! S’est-il exclamé. On m’a reproché de ne pas tenir la droite modérée. La poutre ne travaillait plus… Eh bien, la poutre, elle travaille dur ! J’ai même l’impression que Wauquiez l’a prise dans la gueule. » Gare, quand même, à l’effet boomerang !


Pas de coup de barre à gauche

Conforté par le résultat de di­manche, Philippe a profité du petit déjeuner de la majorité, le 28 mai, pour remettre à leur place les dirigeants de l’aile gauche de celle-ci. Ceux que le Premier mi­nistre appelle les « humanistes de gauche », qui réclament un rééquilibrage de la politique, des mesures sociales et la création d’un parti sas, une sorte d’Agir de gauche (lire plus loin)…

« L’électorat modéré a quitté LR pour nous rejoindre. Pourquoi faudrait-il mettre un coup de barre à gauche ? a-t-il ironisé. Attention de ne pas donner le mal de mer aux Français ! Il faut, au contraire, rester cohérents et continuer avec le « en même temps ». OK pour changer de méthode, mais on tient le cap. C’est le bon. » Et le Premier ministre de conclure : « En France, on n’a jamais tenté la constance. Ça vaut le coup d’essayer, pour une fois… »


L’allié objectif

Autre transfuge de la droite LR, Gérald Darmanin a exulté lui aussi face au piètre score de ses anciens amis « Nous avons mis LR à 8 % ! s’est-il écrié. Edouard et nous, les ministres de droite, avons rempli notre rôle. Tandis que des voix qui étaient venues de la gauche (en 2017) sont parties chez Jadot. »

Et le ministre des Comptes publics (et électoraux) de rappeler qu’en 1999 « Sarko, avec 13 %, est parti », qu’en 2014 « Copé, avec 20 %, est parti » (en fait, pour cause d’affaire Bygmalion). « Et Wauquiez, à 8 %, veut continuer ? C’est un truc de dingue ! »

Conclusion de Darmanin : « Si Les Républicains ne se débarrassent pas de lui, c’est qu’ils n’ont rien compris. Mais il est vrai que, pour nous, il vaut mieux que Wauquiez reste »… Peut-être. Mais pour la France ?


La Bretagne En marche !

Devant des députés LRM, lundi après-midi, le président de l’Assemblée, Richard Ferrand, a dressé le premier bilan des élections : « Le PS fait moins bien que Hamon à la présidentielle, la droite fait deux fois et demie moins bien que Fillon à la présidentielle et La France insoumise fait trois fois moins bien que Mélenchon à la présidentielle. Et, nous, on fait presque aussi bien que Macron au premier tour de la présidentielle. »

Après quoi le président de 1’Assemblée s’est attaché à valoriser le rôle des anciens socialistes dans la Macronie en général et dans son fief de l’Ouest en particulier. « Une nouvelle fois, c’est la Bretagne qui a sauvé la France, a-t-il dit, car, en Bretagne, on fait 25 %, et le RN ne fait que 18 %. Et, en Bretagne, ce sont des voix de gauche qui sont venues vers nous, donc il ne faut pas raconter que la moitié des choses. » Transmis à la moitié de ses amis du gouvernement.


Jambe gauche

Dès dimanche soir, une demi-douzaine de ministres se sont réunis discrètement au ministère des Outre-mer, rue Oudinot.

Au vu des résultats, la patronne des lieux, Annick Girardin, avait invité à la hâte ses copines et copains « de gauche », membres du gouvernement. La raison ? « Ce n’est plus possible que LRM marche uniquement sur sa jambe droite. » Se sont ainsi retrouvés, autour de quelques bouteilles de rouge et de rhum, Muriel Pénicaud (Travail), Elisabeth Borne (Transports), Frédérique Vidal (Enseignement supérieur), Roxana Maracineanu (Sports) et Didier Guillaume (Agriculture).

« Il faut qu’on refasse de la politique, ont clamé en chœur ces anciens socialistes. On ne peut pas laisser les seuls ministres de droite se montrer et peser. » Avec Philippe, les Darmanin, Riester, Lecornu et autres disposent d’un microparti, Agir. A quand un « Mollir » qui réunirait les Pénicaud, Borne, Guillaume et autres ?


Le choix des maires

« Qu’il s’agisse d’Estrosi ou de Robinet, il va falloir en faire des exemples en les punissant de ne pas nous avoir soutenus. »

C’est un Gérald Darmanin décidé à en découdre qui s’est exprimé lors du bureau exécutif d’En marche !, lundi soir.

Arnaud Robinet, à Reims, et Jean-Luc Moudenc, à Toulouse, très largement distancés, explosés par La République en marche, alors qu’Estrosi l’a été par le RN à Nice : ces trois maires considérés comme Macron-compatibles avaient choisi de soutenir Bellamy en raison de sondages qui le plaçaient au-dessus de 13 %. Du coup, les cartes sont rebattues dans ces villes, dans la perspective des élections municipales.

Le verdict du chef de l’État est moins radical que celui de son ministre : « Compte tenu de cette nouvelle configuration du paysage politique, il va falloir que les maires volontaires disent clairement et vite où ils se situent, sans attendre le résultat des municipales. »

En clair, Macron veut bien oublier l’épisode des européennes, à condition qu’ils annoncent « vite », avant l’été, leur choix de se lancer dans la bataille des municipales dans le cadre d’une alliance avec LRM. Sinon, il y aura des listes macronistes face à eux. Une « bienveillance » macronienne à mettre en regard avec les résultats de dimanche soir : sur 42 villes de plus de 100.000 habitants, 33 ont placé LRM en tête. Du coup, le locataire de l’Elysée s’enflamme.


Le verdict de Sarko

Dès dimanche soir, Nicolas Sarkozy a téléphoné aux uns et aux autres pour rappeler qu’il avait quitté la direction du RPR après sa contre-performance aux européennes de 1999.

Un rappel agrémenté de cette tirade : « Ecoutez, les gars, vous devez prendre vos responsabilités. Si vous ne bougez pas, ce sera l’extinction du parti. Ce n’est pas tenable pour Wauquiez. Bellamy ne correspondait pas à notre droite LR, celle du parti que j’ai fondé. Je ne pouvais pas soutenir publiquement quelqu’un qui avait pris position contre l’IVG et qui s’est félicité du jugement de cour d’appel sur l’affaire Lambert. Aujourd’hui, il n’y a plus de droite. » Maisil y a toujours Sarko…


Au bazooka

Sénateur sarkozyste de Paris, Pierre Charon triomphe depuis l’annonce des résultats aux européennes. Après avoir rappelé qu’il avait été le seul, à la com­mission d’investiture, à s’être opposé à la candidature de Bellamy, il s’est essuyé les pieds sur Laurent Wauquiez : « J’ai assisté hier au bureau politique à une veillée funèbre, sauf que le mort continuait de parler. »

La seule solution, selon Charon : « Remplacer Wauquiez au plus vite, même s’il se croit protégé par les statuts du parti et par la composition du bureau politique, où il a mis tous ses amis ». Espérons pour lui que ce sont de vrais amis.


LRM taquine le Goujon

Le maire du XVe arrondissement de Paris, Philippe Goujon, n’a pas attendu la déculottée subie par son parti pour prendre ses distances. L’ancien président de la fédération LR de la capitale avait déjà décidé de partir aux municipales sous ses propres couleurs, en se présentant comme un trait d’union entre la droite classique et les Marcheurs.

Cette démarche intéresse au plus haut point Benjamin Griveaux et l’état-major de LRM, qui envisagent désormais de ne pas présenter de liste dans ce bastion de droite et de soutenir mezza voce Goujon. Normal : le XVe est 1’arrondissament le plus peuplé de la capitale, et le parti qui y arrive en tête est assuré d’envoyer au moins 14 ou 15 élus au Conseil de Paris (qui en compte 163). Un (gros) renfort qui ne se refuse pas.


Les Hauts-de-Seine

La raclée subie par Les Républicains est particulièrement sévère dans leur bastion « imprenable » des Hauts-de-Seine : le score moyen de LR y reste inférieur à 12 %, et la liste Bellamy est devancée par celle des Marcheurs dans toutes les communes.

Après avoir boudé la campagne électorale, jugeant la tête de liste trop proche de la droite versaillaise et du mouvement anti-mariage gay Sens commun, le président LR du conseil départemental, Patrick Devedjian, a vidé son sac au soir du scrutin.

« Bellamy a fait Sens commun, et, le 26 mai, il a fait l’électorat de Sens commun », a-t-il grincé devant quelques proches. Avant d’ajouter, vachard : « 8,5 % au niveau national, c’est d’ailleurs pas mal, pour un groupuscule…» Vu comme ça !


Tout à l’ego

Gabrielle Siry, porte-parole du PS, a trouvé la solution pour construire le rassemblement des forces de gauche. « Il faudra en finir avec l’égologie, l’étude du moi, a-t-elle expliqué mardi matin devant des proches. Ainsi, la gauche écologiste et sociale aura l’avenir devant elle. » Elle fixe une date, pour le début de la fin de ladite egologie ?


Articles non signés «  Le Canard enchaîné ». 29/05/2019