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General Electric (GE). Dans cette histoire tragique, où est passé « l’État actionnaire », celui que, jadis, nous nommions « l’État stratège » ? 

Et pendant ce temps-là, les grandes manœuvres de l’industrie capitaliste se poursuivent, sans susciter le moindre émoi du côté du pouvoir (pourtant impliqué jusqu’au cou). Les dirigeants du géant américain General Electric (GE) ont donc confirmé qu’ils envisageaient la suppression de plus de 1 000 postes en France, essentiellement sur le site emblématique de Belfort, ex-fleuron d’Alstom, une nouvelle fois martyrisé.

Cette véritable saignée, qui concerne plus de la moitié des salariés de l’activité gaz, vient contredire la parole d’Emmanuel Macron.

Début mai [bien évidemment avant la date des élections européennes …], le président avait assuré dans un courrier aux élus locaux que le dossier GE Belfort faisait l’objet de « la plus grande vigilance de la part de l’État »

Curieux, n’est-ce pas, comme la mémoire chauffe parfois ? Emmanuel Macron connaît bien Alstom. Alors ministre de l’Économie, c’est lui qui avait autorisé, en 2014, la vente des activités énergie du groupe français à l’américain General Electric, dossier qu’il avait également suivi à l’Élysée lorsqu’il conseillait François Hollande.

Depuis cette cession, l’ancien banquier d’affaires est accusé d’avoir bradé le champion tricolore. Plus grave. À l’époque, GE s’était engagé à créer plus de 1 000 emplois en France… Résultat, ce gâchis monumental illustre l’absence de stratégie industrielle de l’État et les conséquences dévastatrices qu’entraîne un tel renoncement.

D’ailleurs, ce qui se trame chez Renault doit également nous alerter.

Si l’entreprise automobile fomente un projet de fusion avec Fiat-Chrysler, nous en connaissons désormais les risques : il s’agirait en vérité d’une prise de contrôle par les capitaux italiens, puisque la famille Agnelli et sa holding Exor, propriétaires de Fiat, deviendraient le premier actionnaire, loin devant l’État français, qui perdrait ainsi sa minorité de blocage. Tout est dit.

Et on voudrait encore nous convaincre que le « nouveau monde » est synonyme de « nouvelle politique industrielle » ?


Jean-Emmanuel Ducoin. Titre original de l’article : « Gâchis d’État. ». Source


Renault-Fiat, mariage où hold-up ?

FIAT CHRYSLER Automobiles (FCA) est-il en train d’acheter Renault pour pas cher ? C’est la question que se posent quelques mauvais esprits spécialistes de l’industrie automobile. Leur raisonnement est simple : l’italo-américain et Renault vont fusionner sur la base de 50/50.

Seul problème : les valeurs retenues pour les deux entreprises sont boursières. Or celle de Renault est largement sous-estimée. Il y a un an, son action valait 85 euros. Mais l’affaire Ghosn et les difficultés avec Nissan sont passées par là, et l’action de la firme au losange n’en vaut plus qu’une cinquantaine. La valeur de la boîte (celle, en tout cas, retenue pour la fusion avec FCA) a diminué de 12,5 milliards en une année !

Renault vaut bien plus que ça. Le constructeur possède 43,4 % du capital de Nissan (une douzaine de milliards). A quoi s’ajoutent 1,5 % de Daimler (environ 1 milliard) et une juteuse banque de financement (environ 8 milliards) qui lui rapporte 1 milliard de bénéfice par an. Un total de plus de 20 milliards d’actifs qui rembourseront largement l’apport de FCA (15 milliards) dans la société commune. Tout ce qui fait le cœur même de Renault (ses usines, ses machines, ses brevets, ses centres de recherches, son fonds de commerce et son savoir-faire) est donc quasiment offert à Fiat Chrysler.

Alliance déséquilibrée

On comprend mieux l’enthousiasme du patron de la Ligue et ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, saluant cette « opération brillante ». A noter que PSA, un temps intéressé par une fusion avec le groupe italo-américain Fiat Chrysler, a finalement refusé les conditions financières de John Elkann, digne héritier de la famille Agnelli.

Mais ce n’est pas tout. Non content de s’emparer de Renault, FCA va s’en retrouver de fait le dirigeant, Elkann présidant le conseil d’administration. Exit l’État français (qui ne possédera que 7,5 % des actions de la nouvelle société, contre 14,5 % pour FCA). Il n’aura plus de représentant au conseil d’administration et va sans doute perdre les droits de vote double que Macron avait imposés au forceps en 2015, déclenchant les hostilités avec Nissan.

En deux coups de cuillère à pot, Fiat Chrysler (qui, en ce qui concerne la voiture du futur (électricité, autonomie, etc.), en est aux balbutiements) va ainsi mettre la main sur la riche technologie et la montagne de brevets de Renault-Nissan, l’un des leaders mondiaux en la matière.

Pourquoi les dirigeants de Renault acceptent-il ce marché s’il est si déséquilibré ? « Beaucoup de naïveté », accuse un ancien proche de Carlos Ghosn. Lequel, en 2010, avait étudié puis refusé une semblable fusion, déjà proposée par l’italo-américain.

Mais, selon un fin connaisseur du dossier, ce n’est pas tout : « Les dirigeants de Renault espèrent diminuer le poids de Nissan dans le nouvel ensemble et être ainsi en mesure de lui imposer la fusion avec Renault, qui a été une des raisons de la chute de Ghosn. » Un coup de billard à trois bandes bien hasardeux.

Les pouvoirs publics laisseront ils faire ?

Rien à craindre, selon le porte-parole de Bruno Le Maire : « La transaction sera sous le contrôle de l’Agence des participations de l’État, garante de l’intérêt national. » Comme pour les autoroutes ?


Hervé Martin le Canard enchaîné. 29/05/2019