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Les cadres (qui, selon les sondages, ont massivement voté pour la liste « Renaissance », aux couleurs d’Emmanuel Macron) risquent d’être les dindons de la farce.

La réforme de l’assurance-chômage, concoctée par Muriel Pénicaud sous la surveillance de l’Élysée, prévoit en effet de rendre les allocations chômages dégressives au-delà d’un certain revenu.

Le principe est le suivant : après un laps de temps durant lequel l’indemnité du bénéficiaire restera intacte, elle commencera à baisser. L’objectif est d’inciter les feignasses [dixit le Canard] à reprendre le boulot au plus vite.

Dans son livre-programme « Révolution », sorti six mois avant son élection à l’Élysée, Emmanuel Macron s’était pourtant prononcé contre cette pénalisation : « Je ne crois pas du tout au débat lancé par nombre de responsables politiques sur la dégressivité des allocations de chômage », avait-il écrit. Et de brocarder ces médisants qui « sous-entendent (…) que les chômeurs le sont plus ou moins par leur faute ».

Les temps changent. Muriel Pénicaud a rabâché aux syndicats, ces dernières semaines, que le taux de chômage des cadres était tombé à 3,5 %, soit « un quasi-plein emploi ». Ses conseillers ont répété qu’il fallait moins de temps à un cadre pour trouver un boulot qu’à un patron pour recruter un cadre. Bref, ceux qui chôment le veulent bien, et méritent la guillotine sociale.

Malus malaisé

La mesure, hélas, ne suffira pas pour réaliser les 3,9 milliards d’euros d’économies que le gouvernement veut imposer sur trois ans à l’assurance-chômage.

Les syndicats prêtent donc des projets très noirs au chef de l’État. « Il commence par les cadres, pour évaluer les réactions mais, à terme, tout le monde y passera », s’inquiète l’un des représentants des masses laborieuses.

Un autre souhait du Président figure en bonne place dans le catalogue des prochaines mesures préparées par la ministre : un système de bonus-malus pour les boîtes abusant des contrats de travail hyper courts.

Dans certains secteurs, tel celui de la grande distribution, ces contrats, souvent d’une journée, voire moins, encombrent désormais les files d’attente des prud’hommes.

Macron, qui, depuis les gilets jaunes, commence à découvrir l’avantage de faire ami-ami avec les syndicats, a promis d’y mettre bon ordre. La crise des ronds-points aura au moins servi à ça !


Article signé des initiales A. G.- « Le Canard enchaîné ». 29/05/2019