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Faut-il interdire la production de fruits et légumes bio sous serres chauffées ?

Depuis quelques mois, la question divise le monde agricole français. Car la croissance à deux chiffres du marché des produits issus de l’agriculture biologique attire les acteurs du «conventionnel» […], qui commencent à convertir des serres chauffées en bio. […]. Une soixantaine d’hectares de bio sous serres chauffées sont en projet en Bretagne, une quarantaine dans les Pays de la Loire. Un développement encouragé par les poids lourds du «conventionnel». […]

Bilan carbone désastreux

De quoi faire bondir les acteurs traditionnels de l’agriculture biologique.

A leurs yeux, le bio sous serre chauffée est «un non-sens environnemental incompatible avec le label bio». D’abord parce qu’il s’agirait de produire à contre-saison pour inonder les étals de tomates ou de fraises bio en hiver. Ensuite, parce que 80 % des serres chauffées en France le sont aujourd’hui par des énergies fossiles, gaz ou fioul. Résultat, un bilan carbone désastreux. […]

Le bio sous atmosphère chauffée serait aussi incompatible avec la démarche agronomique défendue par le modèle biologique. […]

[…]  rien n’interdit aujourd’hui explicitement d’utiliser de l’énergie fossile pour faire pousser des fruits et légumes bio, puisqu’en l’absence de projets de ce type jusqu’ici.[…]. La question devait être tranchée en décembre lors d’un vote du Comité national d’agriculture biologique (Cnab, un organe rattaché à l’Institut national de l’origine et de la qualité), sur un texte indiquant que le chauffage «est possible dans le respect des cycles naturels (pas de production de contre-saison, exemple : tomate, courgette, concombre, aubergine, poivron…) lorsqu’il utilise des ressources renouvelables produites sur l’exploitation».[Juste une observation en passant ;  si au lieu d’utiliser des énergies fossiles (pétrole, gaz), il était utilisé des énergies biocarburants pour chauffer les serres, est-ce que le problème se poserait de la même manière ? MC]

Distorsion de concurrence

Mais sous la pression des acteurs conventionnels, le ministère de l’Agriculture a reporté le vote. Puis une nouvelle fois en avril, cette fois au 11 juillet. D’ici là, chacun fourbit ses armes.

  • Côté «bio», on dégaine la pétition, […] [et on a organisé le 29/05/2019] en Bretagne une conférence de presse avec des maraîchers bio [et] […] Biocoop et Carrefour [s’engageant] à ne plus vendre de fruits et légumes bio hors saison. [Comprendre aussi que la dernière enseigne citée, ne s’interdit pas de vendre fruits et légumes de culture conventionnelle en toute saison]
  • Côté «conventionnel», [on fait observer] que : «le chauffage des serres est une technique culturale conforme aux règles de production bio, qui est pratiquée librement dans les autres Etats membres de l’UE». L’interdire en France créerait une «distorsion de concurrence» et «reviendrait à faire une croix sur une production bio française de qualité, dans le respect de nos normes sociales élevées, avec la garantie de volumes répondant à la demande des opérateurs de l’aval».[…]

Coralie Schaub. Libération. Titre original : «L’agrobusiness referme ses serres sur les tomates biologiques ». Source (extrait)