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Obscurantisme. Opposition à la diffusion de l’instruction, de la culture, au progrès des sciences, à la raison, en particulier dans le peuple. (Le Larousse)

Bien que notre famille soit dans la droite ligne des « libres penseurs », nous respectons toutes les positions cultuelles. Pour autant, nous ne voulions pas émettre ni rendre un avis sur « l’affaire » Lambert. Comment prendre partie pour des parents, enfermées dans une lecture littérale d’un culte, et d’autres désirant réaliser la volonté (certes orale) d’un accidenté dont il ne reste que l’enveloppe charnelle maintenue en vie artificiellement.

S’il s’agissait de l’un de nos parents plongé dans un état végétatif et quasi décédé, nous exigerions la fin des soins et de procéder à la sédation. MC


Selon Éric Gonzalez,président de l’association actes (accompagnement en soins palliatifs). Interrogés dans l’extrait d’article paru dans le Dauphiné libéré du 23/05/2019.

« il y a un constat terrible en France : on meurt mal. Trop de personnes souffrent et c’est un scandale ! Tout ceci parce que les soins palliatifs ne sont pas assez développés. La loi Claeys-Leonetti doit être davantage connue des patients et des personnels hospitaliers. C’est exactement ce que préconise le comité national d’éthique »


Selon Benoît Pouzin prêtre à Valence, dans un extrait d’article paru dans le Dauphiné libéré du 23/05/2019.

Catholiques pratiquant, les parents de Vincent Lambert se battent depuis 11 ans pour leur vie de leur fils. La vie. « En tant que chrétien, j’ai un grand principe qui dit que toutes vie est sacrée et que personne ne peut toucher cette dimension ». Il tient cependant à rappeler que l’église « n’est pas contre la science. Mais l’être humain n’est pas qu’un amas de cellules ».


Selon Carla Frillici, dans son d’article (extrait) paru dans le Dauphiné libéré du 23/05/2019.

Pour réaliser son article, elle a observé et recueilli des avis du personnel hospitalier affecté à l’unité de soins palliatifs du centre hospitalier de Valence (26). Au centre hospitalier de Valence. Le Docteur Catherine Lacroix, chef de service de l’unité, vient de recevoir un patient avec une demande très spécifique. « Ils souhaitaient être euthanasiés. ». Ce n’est pas la première fois qu’elle reçoit ce genre de requête… qui permet d’abréger la souffrance d’un patient. Ce que nous faisons nous médecins, « c’est de se focaliser sur cette souffrance physique, morale, psychique ». Et d’ajouter : « lorsqu’un patient nous demande à être endormi, c’est possible, car la loi le permet. »

Des patients comme Vincent Lambert, Catherine Lacroix pourrait en recevoir dans son unité. Mais la voie qu’a prise cette affaire la laisse, elle, presque sans voix. « Le problème évident dans tout cela, c’est le manque de directive anticipée et de nomination d’une personne de confiance ». « Nous ne pouvons pas rendre obligatoire l’inscription des directives d’une personne. Mais si des mesures écrites avaient été prises, l’affaire Lambert ne serait pas déballée sur la place publique ». Alors oui, Vincent Lambert était infirmier et devait être au courant de toutes ces mesures. Mais le docteur Lacroix comprend la situation : « il était jeune, il ne se sentait pas (encore) concerné. ». Entre sédation et euthanasie, la frontière est infime.


Un article lu dans le Canard enchaîné, signé des initiales C. N. 22/05/2019. Vincent Lambert

Ah ! Ce pain bénit qui tombe dans la soupe électorale à quelques jours du scrutin ! Il y a trente ans, c’était le carnage de la grotte d’Ouvéa. En 2002, l’incendie de la baraque d’un dénommé « Papy Voise » à Orléans. Et, cette fois, à sept jours de l’élection européenne, c’est un mauvais film qui a failli tournebouler la campagne : le retour de Vincent Lambert ! Pas de quoi rafler une Palme d’or à Cannes, mais largement de quoi distribuer les palmes de la récup politique.

Sur la première marche du podium, François-Xavier Bellamy (LR) a fait sensation avec sa référence au « monde inhumain »qui nous guette dangereusement et son touchant soutien aux parents Lambert, sur le thème « J’ai du mal à comprendre qu’on se précipite ». C’est vrai, ça ne dure que depuis dix ans…

On a bien compris, en revanche, pour quelle raison Bellamy s’est précipité sur le sujet, qui tente un coup de barre désespéré dans la dernière ligne très droite. Marine Le Pen (RN) lui a emboîté le pas, avec cette « décision de justice qui condamne en réalité à la mort (…) alors même qu’on n’est pas dans le cas d’un acharnement thérapeutique ». Et l’impayable Dupont-Aignan (DLF) a parachevé l’œuvre dans « Famille chrétienne » « Vincent Lambert symbolise pour moi la précipitation d’une société à vouloir donner la mort. »

Nous y voilà. Ou, plutôt, nous voilà revenus, comme quarante ans en arrière, dans la joie et la bonne humeur, aux meilleures heures de la baston sur le droit à l’avortement. Il y a belle lurette que le cas Vincent Lambert a quitté le terrain médical, où les toubibs ont programmé l’arrêt de ses soins, à la légère, bien sûr, et sont traités de « nazis »et de « monstres »par sa mère, pour être exploité sur un autre.

Le pape François s’en mêle sur Twitter, avec la modération habituelle qui sied à son rang : « Protégeons toujours la vie, don de Dieu, du début à la fin naturelle. Ne cédons pas à la culture du déchet. »Les solides références scientifiques fleurissent sur les grilles de l’hôpital de Reims : « Oui à la vie », « Tu ne tueras point ». Et, au même endroit, une cousine de Vincent Lambert livre son expertise sur la tétraplégie en état végétatif (« Le Figaro », 21/5) : « Si on accepte que Vincent soit assassiné, ça veut dire qu’on peut tuer tous les handicapés qui ne peuvent pas se nourrir. »Lumineux.

Lundi, au milieu des cris « Sanchez assassin ! » (Nom du toubib « nazi ») et « Macron assassin ! »,dans le défilé parisien [+/- 200 personnes] attendant la décision de la cour d’appel de Paris, l’un des avocats des parents Lambert, Me Jean Paillot, a poursuivi, dans le registre léger : « Nous n’acceptons pas le crime d’Etat que la France est en train de commettre. » [Crime d’Etat rien que ça ! et lorsqu’il partira définitivement, les parents demanderons un deuil national de deux jours chômés … avec obligation pour le peuple français de se rendre à la messe. MC]

Dans la foulée, comme après une victoire des Bleus au Mondial de foot, le même se glorifiait dans la foule en transe, apprenant que la justice avait ordonné la reprise des soins et demandé un énième avis au comité international des droits des personnes handicapées : « Vincent va vivre (…), c’est la remontada ! »

Et ça rime avec fadas…


Peut-être est-il bon de lire l’article paru dans libération signée de Véronique Fournier. Source (extrait) lecture libre en suivant le lien.

Mais que s’est-il donc passé en France pour que la médecine ait eu par deux fois en quelques années ordre de la justice de rebrancher Vincent Lambert et d’interrompre un accompagnement de fin de vie qu’elle avait dûment réfléchi et déjà entrepris ? Aurait-elle agi trop légèrement ? Ou serait-ce la justice qui abuserait de son pouvoir ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Nous tous, citoyens, sommes rivés aux informations et n’en croyons pas nos oreilles. Nous tous nous effrayons de ce que nous ressentons obscurément comme une dérive et prions le ciel pour ne pas en être victimes demain. Nous tous ressentons chagrin et honte pour Vincent Lambert, du sort que nous lui faisons subir, à lui, à ses proches et aussi aux soignants qui l’accompagnent. Chagrin et honte parce que nous nous sentons confusément coresponsables. A nous être invités à son chevet depuis des années, avec nos passions et nos déchirements, à nous exprimer trop souvent à tort et à travers, sans pudeur et sans frein, nous avons peu à peu fait de cette mort une affaire publique et collective, lui faisant perdre toute possibilité de recueillement et d’intimité. Qui d’entre nous voudrait de cette fin-là ?

Véronique Fournier cardiologue, présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie