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Après une première partie de quinquennat marquée par la glorification des talents et compétences de personnalités issues de la société civile, l’heure est désormais au retour des politiques.

Les vrais, les durs. […] Ceux qui ont élaboré des stratégies, encaissé des défaites, connu des victoires… « En plus, les sociétés civiles sont à gauche et les ministres politiques sont à droite, ce qui déséquilibre le message général », souligne un député LR-EM important.

Emmanuel Macron a fait passer le message lors de sa conférence de presse « postcrise » des « gilets jaunes ». Et c’est comme ça que l’ont compris les membres du gouvernement, à commencer par les plus politiques d’entre eux. « Le salut du président de la République passe par sa mise en retrait », explique l’un d’entre eux. « Plutôt que de rester seul en première ligne, il va désormais envoyer au front des personnes qui font le travail. C’était le message subliminal de sa conférence de presse. Il a passé le ballon aux ministres.» Le chef de l’État a tiré les leçons de l’acte I de son quinquennat, au cours duquel la politique a cruellement manqué. […]

« Quant aux premiers résultats économiques engrangés sur le front de l’emploi, du pouvoir d’achat ou de la croissance, «les retombées ne sont pas nulles, commence par assurer un ministre, avant de préciser : elles sont complètement nulles». […]

Comment renforcer le périmètre de la majorité, l’élargir au moment où certains élus sont tentés de rentrer au bercail, comme ces maires Macron compatibles qui voteront finalement Bellamy?

Au gouvernement, certains réfléchissent à créer un «Agir» de gauche. Autrement dit, le pendant de la formation issue de la droite pilotée par l’actuel ministre de la Culture Franck Riester. « On y travaille pour les prochaines semaines, autour de Jean-Yves Le Drian. Il faut un second hémisphère de gauche, glisse un cadre de la majorité. On ne peut pas laisser cet espace politique sans l’occuper, sinon demain il se rangera derrière une personnalité qui saura incarner. C’est ce qui s’est passé avec Emmanuel Macron quand il a capté les électeurs de François Hollande ».

Une autre source évoque plutôt le rôle de Didier Guillaume pour constituer un « sas » permettant aux socialistes orphelins de se rapprocher d’Emmanuel Macron. […]

[…]  … une défaite dimanche soir [26 mai 2019 les élections européennes] aura forcément des conséquences. « Arriver un point devant ou un point derrière, ça ne veut rien dire en terme électoral mais ça veut tout dire en terme politique, explique un poids lourd du gouvernement. Il ne faut se faire aucune illusion, si on arrive derrière, ça sera une sanction politique. »

L’hypothèse est envisagée.

Au sein du gouvernement, certains commencent d’ailleurs à sortir les aérofreins. « Si on fait plus de 20 %, ce sera déjà un exploit. En dehors de Nicolas Sarkozy en 2009, aucun exécutif en place n’a remporté les élections européennes », rappelle un ministre. Un autre prévient: « Si nous arrivons derrière, il faudra redonner une impulsion politique pour repartir de l’avant. Le président a trois outils à sa disposition: dissoudre, organiser un référendum, changer de premier ministre. »

La bataille de Matignon

Première solution : « On n’est quand même pas complètement fous!», balaie un poids lourd de la majorité.

Deuxième solution : « La fenêtre de tir s’est refermée avec la fin du grand débat », assure un conseiller.

Troisième solution : Un remaniement d’ampleur jusqu’à Matignon. Le chef de l’État avait lui-même évoqué l’hypothèse en Conseil des ministres, sans toutefois menacer explicitement Édouard Philippe […]

[…] Dans  […] l’après les élections européennes, la bataille de Matignon a déjà démarré. Elle en préfigure une plus large sur la réorganisation complète de la gouvernance d’Emmanuel Macron. […] Pour relancer le quinquennat, on ne pourra pas se passer d’un changement de gouvernance et d’équipe.

Préparer les prochaines échéances

Les élections européennes ont fait apparaître des manquements dans la majorité. Notamment dans l’organisation de la campagne. […] Suivront les régionales et les départementales en 2021 et, bien sûr, la présidentielle de 2022. Il n’est jamais trop tard pour se remettre à la politique. […]


François-Xavier Bourmaud. Le Figaro. Titre original : « Comment Macron prépare l’après 26 mai ». Source (extrait)