Étiquettes

C’est la pluralité de la presse écrite qui se joue !

Si pour le moment seuls les syndicats ont réagi (et encore pas tous hélas), c’est bien de l’uniformisation de l’information dont il s’agit, par le biais d’une source unique, celle de l’État et des valets à son service.

Mercredi [22 mai 2019], il n’y avait pas de journaux ni dans les kiosques, ni dans les boîtes aux lettres. Le syndicat du livre, en grève [depuis le 20 mai 2019 au soir], entend ainsi protester contre le débat qui commence aujourd’hui au Sénat sur la réforme de la loi dite Bichet, qui réglemente depuis 1947 la distribution de la presse.

Et pour cause : alors que Presstalis, l’une des deux grosses messageries nationales, sort d’un redressement judiciaire éprouvant au terme de dix-huit mois de procédure et près de 1.000 licenciements, le gouvernement a décidé de bouleverser le secteur, à sa manière habituelle : en le libéralisant un maximum.

Le Sénat se réunit sur la question aujourd’hui. Cinquante-six amendements ont été apportés au texte du gouvernement. Une majorité d’entre eux ont été déposés par la gauche, qui [entend] limiter les dégâts occasionnés par ce projet de loi.

Projet de loi qui devrait entrer en vigueur en 2023, après le redressement estimé de Presstalis.

Le gouvernement disposerait d’un formidable outil de censure. Franck Riester, ministre de la Culture, s’est appuyé sur le rapport de Marc Schwartz, sorti l’été 2018, pour construire ses propositions.

Adieu le système coopératif auquel les éditeurs pouvaient en toute liberté s’associer et qui permettait, quel que soit son tirage, d’être distribué de la même manière, tous les jours, sur tout le territoire.

Désormais, c’est l’Arcep, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, qui chapeauterait la filière. Ce qui inquiète les syndicats, puisque les membres de l’Arcep sont nommés par le Sénat et le gouvernement, qui disposerait ainsi d’un formidable outil de censure en ayant le « droit de vie ou de mort sur la presse et autres publications en fonction des opinions qu’il laisse se diffuser dans le pays ».

Le [syndicat] prévient : « Dans ce nouveau monde ouvert à la concurrence, nombre de titres disparaîtront, faute des ressources nécessaires pour se faire distribuer. Les autres devront se conformer aux offres des opérateurs dans une relation purement commerciale, comme avec n’importe quelle marchandise. » Autrement dit, pour les plus fragiles des titres, c’est un arrêt de mort. Arrêt de mort qui va d’ailleurs toucher l’ensemble des professions, des rédactions aux marchands de journaux, en passant par les imprimeries ou les messageries.

Caroline Constant. Titre original : « Loi Bichet. L’avenir de la presse se joue au Sénat ». Source


Loi Bichet – Loi n° 47-585 du 2 avril 1947 relative au statut des entreprises de groupage et de distribution des journaux et publications périodiques

Lien officiel https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;?cidTexte=LEGITEXT000006068035