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Pas encore installée à Strasbourg, la liste Europe Écologie-Les Verts (EELV) pratique déjà le recyclage !

Trois membres d’un obscur groupuscule environnementaliste (dont deux en position éligible, aux 8e et 10e places) figurent sur la liste conduite par Yannick Jadot. Ils émargent à l’Alliance écologiste indépendante (AEI), fondée par un certain Jean-Marc Governatori.

Un drôle de zig que ce quinqua niçois, qui assure avoir fait fortune dans les magasins de meubles avant de faire dans le bricolage électoral. Candidat à la présidentielle (il a échoué deux fois à réunir 500 parrainages), aux législatives, aux régionales et aux cantonales, il a fondé plusieurs dizaines de partis. Avec des idées, d’une grande clarté. Exemple, dans son programme : « La cause de la maladie, c’est le manque d’harmonie. Quand la disharmonie commence à pénétrer en nous (la jalousie, la désespérance, la médisance, les surcharges en tout genre), c’est déjà la maladie qui s’installe… »

Plusieurs membres de l’AEI n’hésitent pas à s’afficher avec la fachosphère, notamment sur TV Libertés, qui promeut, sur le Web, « l’esprit français et la civilisation européenne ». Chez Jadot, on assure avoir « voulu rassembler la famille écolo pour ne pas perdre de voix inutilement ». Verts de gris inclus ?

Saine campagne

Y aurait-il, derrière cette alliance, une histoire de gros sous ? Pour les européennes, chaque liste doit avancer pas loin de 500.000 euros afin d’imprimer les affiches et 45 millions de bulletins de vote. « Notre trésorerie est saine, nous n’avons pas besoin de Governatori, plaide un proche de Jadot. On a trouvé sans problème une banque pour nous prêter. » Et un banquier joueur ?

L’AEI de Governatori, elle, bénéficie, depuis au moins 2012, d’une aide publique d’Etat : autour de 145.000 euros par an. Pour la toucher, il suffisait d’avoir présenté des candidats ayant obtenu chacun au moins 1 % des suffrages exprimés, dans 50 circonscriptions au minimum. Le montant est alors calculé proportionnellement au nombre de voix obtenues. Malin, Governatori avait présenté 572 candidats en 2012 et 506 en 2017.

Pour aider sa propre formation politique, celui qui est passé par le CNI, le RPR et l’UDF a servi de « banquier ». En 2013, il avait octroyé un prêt à 3,5 %. Mieux que le Livret A ! La rémunération est retombée à 1 % les années suivantes, après que la Commission nationale des comptes de campagne a demandé la communication de toutes les pièces comptables du parti. Sans succès, bizarrement.

Décidément très doué en affaires, Governatori aurait également financé une autre liste : l’Alliance jaune, conduite par son pote le barde Francis Lalanne.

Didier Hassoux. Le Canard enchaîné. 15/05/2019