Étiquettes

C’est une condition sine qua non : l’« idiot utile » est idiot.

Si on le dit « innocent », cela ne lui vaut nul acquittement, tout juste une circonstance atténuante. On ne considérera que l’espèce particulière des « idiots utiles » est un sous-ensemble en pleine expansion, une grande famille qui compte beaucoup d’inutiles qui, par définition, ne nous seront d’aucun secours.

Posons d’emblée qu’ils ne savent pas à quoi ni à qui ils sont utiles. S’ils en avaient la moindre idée, ils ne seraient pas idiots, et n’auraient rien à faire ici. Écartons également l’idiot qui se rendrait involontairement utile à lui-même ou à une cause qui en vaut la peine. Cette sottise-là, corrigée par la chance, ne prête guère à conséquence. Aux yeux de qui le dénonce, l’idiot utile, le vrai, le pur, incarne la quintessence de la stupidité. Refusant de laisser ses congénères plus affûtés gérer ce qui le dépasse, il agit et s’agite de telle façon que tout progresse… dans la direction opposée à celle qu’il croit suivre. […]

[…] Ces derniers ont même tendance à se multiplier, tout au moins si l’on en croit ceux qui les dénoncent à tour de bras. La violence du débat public, décuplée sur les réseaux sociaux, où foisonnent les justiciers en herbe, a donné une seconde jeunesse à cette expression, qui figure en bonne place dans la rhétorique du discrédit.

Les éditorialistes raffolent de cette arme qui peut faire coup double, en touchant un individu ainsi que la cause que ce dernier – à tort ou à raison – croit servir. On ne compte plus les « idiots utiles de l’islamisme », jugés comme tels pour n’avoir parfois que défendu une conception un tant soit peu ouverte de la laïcité. […]

[…] « Les frondeurs sont les idiots utiles du social-libéralisme », concluait un éditorial du Point en octobre 2014. Récemment embarrassée par des révélations de Médiapart sur sa présence passée sur une liste étudiante d’extrême droite, la tête de liste de La République en marche aux élections européennes, Nathalie Loiseau, a accusé le site d’information d’être « l’idiot utile » du Rassemblement national. « On est toujours le con de quelqu’un », savait-on. C’était sans compter les « idiots utiles » qui, désormais, sont partout.


Jean-Baptiste de Montvalon. Le Monde. Titre original : «La seconde jeunesse des « idiots utiles »». Source (extrait)