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Patrick et Isabelle Balkany doivent comparaître dès lundi 13 mai devant le tribunal correctionnel de Paris pour blanchiment de fraude fiscale et corruption.

Ce quotidien suisse retrace les différents épisodes de l’affaire, qu’il juge “savamment organisée” et “opaque”.Patrick Balkany et son épouse, Isabelle, ont-ils utilisé “des montages de plus en plus sophistiqués entre la Suisse, le Liechtenstein, Singapour ou le Panama, dans le souci de ne pas apparaître comme les véritables propriétaires” de deux luxueuses propriétés sur l’île caribéenne de Saint-Martin et d’un somptueux riad à Marrakech ?

Cette question sera au centre des débats du procès qui s’ouvre, à partir de ce lundi [13 mai], devant le tribunal correctionnel de Paris. L’actuel maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), 70 ans, ancien député et longtemps considéré comme le “patron” occulte de ce département le plus riche de France (dans lequel Nicolas Sarkozy fit sa carrière politique) est soupçonné de “blanchiment de fraude fiscale, de corruption passive, de blanchiment de corruption et de prise illégale d’intérêts”, passibles d’une peine allant jusqu’à dix ans de prison.

Son épouse, âgée de 71 ans, première adjointe à la mairie de Levallois-Perret et ancienne vice-présidente du conseil départemental, est soupçonnée de complicité de fraude fiscale. C’est d’ailleurs autour d’elle que tout se jouera lundi en raison de son hospitalisation le 1er mai, suite à une tentative de suicide par absorption de médicaments. Le procès pourrait, de ce fait, être in extremis ajourné et reporté.

Dix ans de procédures

Retracer la vie politique et affairiste tumultueuse du couple Balkany, pilier de la droite parisienne, relève presque de l’impossible, tant l’opacité règne, savamment organisée. Une date et une destination, pourtant, restent indissociables de leurs parcours.

La date ? 1994. C’est à ce moment-là, alors que Jacques Chirac s’apprête à succéder un an plus tard à François Mitterrand, qu’explose le dossier des HLM des Hauts-de-Seine. Le schéma est simple et il vaudra, en 2005 à un ex-proche des Balkany, Didier Schuller, d’être condamné à deux ans de prison ferme : les travaux de rénovation des immeubles d’habitation à caractère social du département étaient surfacturés pour alimenter les caisses locales du RPR [Rassemblement pour la République], le parti chiraquien.

Le maire de Levallois-Perret sera relaxé, faute d’éléments, mais dix ans de procédures suivront, dont tout va découler, […] Des perquisitions, des gardes à vue, des interrogatoires… mais aussi un travail souterrain de fourmi. […]Au bout du chemin : un véritable système offshore.”

Entre 10 et 20 millions d’euros

Le lieu ? La Suisse, avec quelques détours par le Liechtenstein. C’est entre Genève et Vaduz qu’auraient circulé une bonne partie des fonds issus de la présumée corruption survenue dans les Hauts-de-Seine. L’ordonnance de renvoi en procès cite des noms de fiduciaires helvétiques, en particulier Gestrust, une coquille alors destinée à héberger des sociétés panaméennes. “Patrick Balkany avait mis en place un double écran, en Suisse et au Liechtenstein”, affirment les juges d’instruction qui ont diligenté pas moins de 21 commissions rogatoires internationales.

Entre 10 et 20 millions d’euros auraient transité par les bords du Léman. “Un accroissement de patrimoine acquis, pour l’essentiel, grâce aux fonctions publiques exercées par Patrick Balkany”, peut-on lire sous la plume des magistrats, qui ont demandé le renvoi en procès en mars 2018.

La filière helvétique du dossier Balkany est, pour l’heure, toujours sujette à interrogations. Pour la justice, les fonds déposés à Genève – puis dissimulés via les Seychelles ou Singapour – proviennent sans nul doute de commissions occultes versées en échange d’arrangements à Levallois-Perret, ville la plus endettée de France où les immeubles de bureaux ont proliféré et où Patrick Balkany, réélu dès le premier tour en 2014, demeure très populaire.

Une version rocambolesque

L’élu, lui, défend une tout autre version, rocambolesque et paternelle. Les structures financières suisses auraient été mises en place par son père, Gyula (décédé en 1995), Juif hongrois rescapé d’Auschwitz devenu entrepreneur à succès après-guerre… en revendant du matériel militaire américain abandonné, notamment celui du camp Philip-Morris au Havre.

Ces comptes cachés (dont il avait rapatrié une partie des fonds en 1985, profitant de l’amnistie du gouvernement Balladur) seraient donc le produit de la fortune paternelle. Tandis qu’Isabelle Balkany affirme, pour sa part, avoir perçu, en mars 2011 sur un compte au Liechtenstein, 240 000 euros en provenance de la vente fin 2010 à Genève d’un diamant appartenant… à sa propre mère.

Bref : pas de corruption mais deux fortunes familiales dissimulées en partie au fisc. “Patrick et moi, on avait des parents en or. On est né avec une cuillère d’argent dans la bouche. Ce n’est pas un crime…”, explique son épouse Isabelle (ils se sont séparés en 1996, puis retrouvés en 1997) dans le livre de Laurent Valdiguié.

Un homme suivra ce procès de très près, car son enquête sera disséquée : le fameux juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke, qui prendra sa retraite le 30 juin.

En 1996, les deux élus de Levallois-Perret ont déjà été condamnés à quinze mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité pour avoir employé comme personnel de maison des fonctionnaires municipaux.


Richard Werly Lire l’article original lu dans le courrier international. Source