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[…] Dans une élection [comme celle des européennes] qui mobilise peu (autour de 40 % de participation annoncée), il est plus difficile de mesurer les variations de l’opinion.

Autrement dit, le climat politique bougerait réellement, mais les enquêtes ne le percevraient qu’avec retard, la « cristallisation » des choix ne se faisant que dans la dernière ligne droite.

C’est l’espoir de LR, qui se souvient que la percée de François Fillon lors de la primaire de 2016 – et ce fut pareil pour celle de Benoît Hamon au PS – n’avait pas été anticipée par les sondages.

Le pari de la remontée échappant aux radars reste cependant aléatoire. La science électorale repose en effet sur des données de fond. On compare les 13 à 15 % de la liste Bellamy aux 20 % du candidat Fillon. Mais l’exode des électeurs de droite vers le macronisme avait eu lieu dès les législatives de juin 2017. LR était tombé à 15,77 %, LR-EM faisant quatre points de plus que le candidat Macron.

Le défi de la droite n’est donc pas simplement de reprendre des points perdus dans les sondages mais d’inverser une donnée structurelle. Or, si Macron, dans cette campagne, envoie quelques signaux à l’électorat écologiste, il veille à préserver la partie droite de son socle.

Édouard Philippe, qui confirme dans Le Figaro ses fondamentaux idéologiques, joue les chefs de campagne. À Strasbourg, LR-EM met en lumière Jean-Pierre Raffarin et laisse Daniel Cohn-Bendit dans l’ombre.

[Les différentes manifestations] des « gilets jaunes » et les violences qui l’ont accompagnée ont permis à l’exécutif d’incarner le « parti de l’ordre », y compris à travers les maladresses de Christophe Castaner.

Les concessions faites aux retraités (CSG, indexation des pensions) aident à garder l’avantage auprès des électeurs de plus de 65 ans, qui étaient traditionnellement le vivier électoral le plus solide de la droite.

[Il y a malheureusement une grande part de vérité dans ce qui vient d’être dit, dans la mesure où la droite en général, sait mobiliser ses troupes lors des élections ; d’où la nécessité d’essayer de convaincre les abstentionnistes qu’ils ont tort de ne pas faire l’effort d’aller voter, si vous n’entendez pas laisser s’asseoir une société répressive.]

[Sauf qi les retraités s’aperçoivent que l’effet d’annonce et la réalité, c’est toute autre, (ce n’est pas le montant individuel de la pension qui compte mais le montant perçu par le foyer, les privant ainsi de remboursement de CSG) ils auront alors plusieurs attitudes, soient votés contre en suivant la liste RN, soit s’abstenir, voté blanc, ou voter carrément pour une liste de gauche. MC]

Les manœuvres politiciennes contre la privatisation d’ADP, avec la complicité d’une partie de LR, renforcent l’image libérale du gouvernement, à laquelle est sensible ce flanc droit de l’opinion. Ainsi, dans cette campagne, LR a gagné la bataille de l’unité (préalable nécessaire) ; elle n’a pas encore remporté le combat idéologique, seule victoire qui fera bouger les lignes électorales.


Guillaume Tabard. Le Figaro. Titre original : « Guillaume Tabard. « Mirages d’une campagne ou trompe-l’œil des sondages ? » ». Source (extrait)