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L’embargo américain sur le pétrole vénézuélien est entré en vigueur ce dimanche 28 avril 2019, dans le but affiché de pousser le président Nicolás Maduro vers la sortie. Quelles vont être les conséquences des sanctions sur la fragile économie vénézuélienne ?

  • En quoi consiste cet embargo américain ?

Les États-Unis continuent à renforcer et à étendre leurs sanctions contre le Venezuela, en particulier le secteur pétrolier qui est capital pour ce pays. A présent, Washington s’est doté des moyens de sanctionner des compagnies étrangères qui auraient des relations d’affaires avec Petroleos de Venezuela SA (PDVSA), la compagnie pétrolière nationale contrôlée par l’État, donc par le régime de Nicolás Maduro. Ce dernier est illégitime aux yeux des États-Unis et d’un peu plus de 50 autres pays à travers le monde.

Ces sanctions concernent également les filiales détenues à 50% au moins par PDVSA. C’est une escalade supplémentaire dans la guerre économique entre Washington et Caracas.

  • Quelles seront les conséquences pour l’économie vénézuélienne ?

Le Venezuela n’en finit pas de sombrer et le pire est encore à venir. Le pétrole représente environ 95% des exportations du pays et PDVSA soutient toute l’économie. Le nœud coulant américain se resserre encore davantage autour du régime Maduro.

  • Et quel sera l’impact sur d’autres pays ?

Les sanctions américaines représentent aussi une menace pour d’autres pays et pour les compagnies qui importent du brut vénézuélien ou qui travaillent avec PDVSA. Bien sûr, beaucoup de choses dépendront de la façon dont ces sanctions seront appliquées mais, au vu de l’hostilité entre Washington et Caracas, leur mise en œuvre devrait être très stricte même si certains marchandages géopolitiques sont possibles.

  • L’objectif des Etats-Unis est de pousser Nicolás Maduro vers la sortie. Sera-t-il atteint ?

C’est clairement l’objectif des États-Unis et les sanctions pétrolières en sont l’un des outils, et non le moindre, dans la panoplie de Washington. L’économie du Venezuela s’est déjà largement effondrée, en bonne partie du fait de la gestion catastrophique de ses dirigeants, et ce n’est pas fini.

A ce jour, le président Maduro (l’ex-président Maduro pour Washington) ne fait pas mine de vouloir partir mais les États-Unis comptent plus ou moins ouvertement sur une intervention de l’armée vénézuélienne pour l’en convaincre et/ou sur des pressions de certains États tels que la Russie ou la Chine. En tout état de cause, l’obtention de cet objectif n’est pas garantie. Il n’y a pas de boule de cristal en politique.

  • Comment le Venezuela va-t-il pallier ce manque de ressources ?

Il n’y a plus de bonnes options pour le Venezuela sans une solution politique durable qui permettrait de déboucher sur la levée des sanctions et sur une aide internationale très importante. Les marges de manœuvre pour Nicolás Maduro sont très, très minces.

La production de pétrole brut du pays a été divisée par plus de trois depuis 20 ans et on n’a malheureusement pas touché le fond (et le fond sera vraiment très bas). Les exportations pétrolières sont en chute libre et les revenus pétroliers aussi. PDVSA n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Trois millions de personnes sont devenues des migrants ou des réfugiés à l’étranger et la situation économique et sociale est catastrophique. On est dans un cercle vicieux où la crise politique a des impacts très négatifs sur l’économie et le secteur pétrolier, ceux-ci aggravant la situation économique et sociale, ce qui renforce encore la crise politique.


[Les États-Unis exercent des guerres économiques sur certains pays dont le système économique n’est pas basé sur le libéralisme mais sur la répartition des richesses au plus grand nombre. Le Venezuela mais aussi Cuba, sont victime de cette guerre économique. MC]


Iris – Interview Francis Perrin diffusée dans TV5-Monde. Titre original : « Embargo américain sur le pétrole du Venezuela : « les marges de manœuvre de Maduro sont très minces ». Source (lecture libre en suivant le lien)