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En avant-première, Nathalie Loiseau dans l’hebdomadaire le Point donne un aperçu de son programme pour les Européennes [mais … faut-il vendre la peau de l’ours … MC].

La transition écologique et la convergence sociale par le haut en sont les deux principaux piliers. Nathalie Loiseau se défend néanmoins de promouvoir une approche fédéraliste. « L’Europe des solutions » qu’elle préconise se démarque très nettement des propositions souverainistes de son principal concurrent, […] La Liste LREM entend constituer un nouveau groupe politique au Parlement de Strasbourg, avec d’autres partis européens d’essence centriste. Ce sera le deuxième volet de l’action de Nathalie Loiseau. Un pari risqué dans une enceinte jusqu’ici dominée par les démocrates-chrétiens du PPE (dont les LR de François-Xavier Bellamy) et les sociaux-démocrates.

  • Le Point : Votre projet pour l’Europe décline, précise et amplifie la lettre d’Emmanuel Macron aux européennes. Il est marqué par le souci de l’écologie, des droits sociaux et de l’homme, de l’Europe érigée en puissance. Comme si vous projetiez sur l’Europe une France idéalisée. Or le paysage politique de l’Europe n’est pas celui-là actuellement. Comment faire passer ce message ?

Nathalie Loiseau : Ne nous trompons pas, cette élection est historique. […] La question qui est posée, c’est choisir entre ceux qui veulent détruire l’Europe, ceux qui gèrent l’Europe en cogestion depuis 20 ans et qui sont donc responsables du statu quo, et ceux qui, comme nous, aiment l’Europe et veulent la changer.

[…] La philosophie générale du projet que nous avons élaboré à partir des aspirations qui se sont exprimées consiste à tirer l’Europe vers le haut, qu’il s’agisse de justice sociale et fiscale. L’Europe, ce n’est pas la mondialisation par le bas, mais par le haut. […] L’Europe doit protéger nos choix de société, protéger la planète, protéger l’avenir de nos enfants.

  • Votre priorité se détache assez nettement : la transition écologique. Vous parlez de mobiliser 1.000 milliards d’euros d’ici à 2024. Où les trouver  ?

Mille milliards d’euros, c’est le montant estimé par l’UE pour faire face au défi climatique. Nous voulons faire de l’Europe une puissance verte, c’est-à-dire un continent neutre en carbone, à la pointe de l’innovation durable, avec un modèle agricole et de consommation respectueux de la nature. […]

Mais attention, la transition écologique ne peut pas reposer uniquement sur de l’argent public. Si nous veillerons à ce qu’au moins 40 % du budget européen y soit consacré, nous proposons aussi de créer une Banque du climat pour orienter l’épargne des Européens vers la croissance verte. Elle financera la rénovation des logements, le développement des transports et des énergies propres et accompagnera la reconversion des travailleurs des secteurs en transition. [En clair cela veut dire que 60 % du budget seraient apportés par des organisations privées avec toutes les conséquences d’un risques néfastes boursier entre autres, de détournements et spoliations diverses, de course à la rentabilité financière des prêts consentis, etc. MC]

  • Vous parlez de créer une Banque européenne du climat. Vos opposants se demandent pourquoi créer un « machin » de plus alors qu’existe déjà la Banque européenne de l’investissement (BEI)…

[…] Il faut aujourd’hui un outil qui ait une vraie puissance de feu pour financer la transition écologique. […]

  • Mais comment passer aux modalités concrètes ?

La taxe carbone aux frontières est une bonne chose pour l’environnement, pour nos entreprises et nos emplois. Elle créera une concurrence loyale entre les entreprises et les agriculteurs européens qui respectent des normes environnementales exigeantes et leurs concurrents du bout du monde qui ne respectent ni les mêmes normes ni les mêmes choix. […] Cette taxe va de pair avec la directive « Éthique des entreprises » que nous porterons pour interdire l’accès au marché européen à toute entreprise ne respectant pas nos exigences sociales et environnementales fondamentales. Une multinationale pourra perdre son accès au marché européen si elle a eu recours au travail forcé, au travail des enfants, si elle s’est rendue coupable de déforestation illégale, de trafic d’espèces protégées ou de déchets, de pêche non durable, etc. [belles envolées lyriques empreinte d’une démagogie purement électoraliste. Dans les faits si cela avait dû être, cela aurait été mis en place depuis belle lurette. MC]

  • Sauf que certains sont réticents à développer des ressources propres et préféreraient sacrifier la PAC pour financer de nouvelles priorités…

Il est hors de question que la Politique agricole commune soit sacrifiée au profit des nouvelles priorités de l’Europe. Nous défendrons le budget de la PAC. Nous sommes la première puissance agricole au monde et c’est en Europe que les scandales alimentaires sont les moins nombreux même si, hélas, il y en a. […] … l’agriculture européenne, comme les autres secteurs, doit être protégée de ceux qui ne respectent ni les normes sanitaires ni les normes sociales fondamentales.

  • Certains au sein de la Commission européenne se méfient de cette approche dure à l’égard des partenaires qui ne respectent pas nos canons sociaux et écologiques. Ils préconisent un soft power, plus efficace à leurs yeux…

Cela fait 20 ans qu’ils le disent et cela fait 20 ans que les choses ne bougent pas. […]

  • Beaucoup de nos cerveaux sont partis dans la Silicon Valley…

[…] Si nous créons les conditions favorables, si nous rémunérons correctement les talents, si nous osons financer des innovations à risque, nous pouvons reprendre la main. Nous voulons créer une agence européenne pour l’innovation de rupture, sur le modèle de ce qui existe aux États-Unis. […] Dans ce domaine, il s’agit de ne plus être naïf et de croire en nous. [Autrement dit Nathalie Loiseau – télécommandée par Macron – propose ni plus ni moins d’abandonner l’article des statuts de l’Europe consacrée à l’interdiction de « subventionner » par l’État notamment les services publics. Étonnante réflexion après avoir justement en France cassée le maximum de service public pour le passer au privé. MC]

  • […]  d’une certaine manière, [c’est] un saut fédéral que vous proposez aux Européens ?

[…] Nous sommes pour une Europe des solutions, pas pour une Europe des idéologies.

  • Sur les sujets régaliens – frontières, armée, monnaie… –, vous leur demandez pourtant d’abandonner une partie de leur souveraineté pour gagner en efficacité…

Non, quand c’est efficace, nous sommes favorables à plus d’intégration ; quand ça ne l’est pas, coopérer entre gouvernements suffit largement. Aujourd’hui, la monnaie unique est le saut fédéral le plus important qu’une partie des Européens a consenti. […]. Dans d’autres domaines, bâtir sur nos compétences nationales et favoriser une coopération intergouvernementale est la solution la plus efficace. […]

  • Qu’entendez-vous par « la remise à plat » de l’espace Schengen ?

La liberté de circulation est un atout formidable, mais elle a comme contrepartie que chacun exerce ses responsabilités, contrôle sa frontière extérieure de l’UE sérieusement en acceptant, dès que cela est nécessaire, d’être aidé par Frontex et chacun doit participer à l’entraide. Si on ne fait ni l’un ni l’autre, on doit pouvoir être suspendu et ne plus bénéficier de la liberté de circulation.

  • Parlons de l’Europe sociale. Comment parvenir à élever le niveau à l’Est sans baisser celui de l’Ouest ?

Merci de rappeler que nous n’avons jamais proposé de baisser ni les salaires ni la protection sociale de notre pays [Euh… ma p’tite dame … qui a dit qu’il fallait baisser les salaires pour être compétitif ? MC]. Ce que nous proposons, c’est une convergence par le haut, la réduction des inégalités à l’intérieur de l’Europe et la fin du dumping social.

  • Le patronat de l’Est, lui, résiste à la hausse des salaires…

Les patronats à l’Est vivent aujourd’hui quelque chose de nouveau. Leurs pays connaissent des situations proches du plein emploi. Ces pays souffrent en outre de la fuite des cerveaux. Des dizaines, des centaines de milliers de gens plutôt formés et plutôt jeunes vont tenter leur chance ailleurs. […]  La compétitivité par le coût du travail le plus bas possible devient une impasse. Dans cette conjoncture nouvelle, nous devons avoir plus d’ambition sociale. Ce n’est justement pas le moment de baisser les bras ! C’est le moment d’exiger que la convergence économique entre l’Est et l’Ouest s’accompagne d’une convergence sociale par le haut. Les fonds de cohésion doivent servir à cela. On ne peut pas condamner les travailleurs de l’Est à être éternellement des travailleurs de deuxième classe.

  • Après la directive sur le travail détaché qui établit le principe du « salaire égal sur le même lieu de travail », quelle est la prochaine étape ?

Nous nous engageons à réaliser l’acte II de la réforme en instaurant le principe « à travail égal, coût égal » pour l’employeur afin d’en finir avec le dumping social. Concrètement, nous proposons que l’employeur paie les cotisations sociales les plus généreuses entre celles du pays d’origine et du pays d’accueil des travailleurs détachés. L’employeur d’un travailleur roumain en France paiera le niveau de cotisation français. Et le montant des cotisations sociales retournera en Roumanie, dans un fonds européen qui aidera ce pays à avoir une vraie protection sociale de ses travailleurs. C’est une démarche incitative. Cela ne veut pas dire qu’on ne veut plus de travailleurs étrangers en France. Il y aura toujours besoin de travailleurs détachés parce qu’ils ont une spécialité que nous n’avons pas ou parce que les besoins en main-d’œuvre sont très tendus temporairement. Mais nous voulons mettre fin à une concurrence déloyale. […]

  • L’Europe sociale que vous proposez remet en cause le modèle économique des Allemands qui se servent de la sous-traitance à l’Est pour ne pas augmenter leur coût et gagner des marchés à l’export…  

[…] Même les entreprises allemandes vous disent qu’elles peinent à recruter et qu’il faut qu’elles paient plus cher pour garder la main-d’œuvre. Les sous-traitants automobiles se volent la main-d’œuvre à coups de primes, d’augmentation de salaires et de protection sociale. Ils sont en train de montrer le chemin de la convergence sociale. Reste un pays comme la Pologne, qui fait appel non plus seulement à de la main-d’œuvre ukrainienne, mais désormais aussi à de la main-d’œuvre philippine et indonésienne, tout en se disant hostile à l’immigration…

  • Pour mettre en œuvre ce programme de « renaissance européenne », êtes-vous prêts à créer une Europe à plusieurs vitesses en plus du cadre de l’UE actuel qui serait alors relégué en deuxième division ?

Si vous restez dans le cadre de l’UE, vous risquez d’être bloqués par le veto des autres… Il ne faut pas l’exclure a priori. Tout ce que nous pourrons faire à 27, nous le ferons à 27.

  • Mais cette Europe à plusieurs vitesses existe déjà : entre les débuts du projet européen et aujourd’hui, il y a eu Schengen, il y a eu l’euro, tout le monde n’y participe pas. On l’a vu aussi en matière de défense avec la coopération structurée permanente qui réunit 25 États.

Il ne doit jamais y avoir de format exclusif : si un pays veut y participer, il le peut. Mais un pays ne doit pas pouvoir empêcher les autres d’avancer. [Après avoir affirmé vouloir le fédéralisme européen, la remarque de Nathalie Loiseau est étonnante de contradiction. MC] Nous proposons ainsi de mettre fin à l’unanimité en matière fiscale. Vingt-quatre pays sont d’accord pour taxer les géants du numérique qui paient en moyenne 14 points de moins d’impôt qu’une PME française. […]

  •  Êtes-vous favorable à ce que les institutions se dotent d’un patron unique ?

Cela me semble prématuré. En revanche, il est essentiel que l’Europe soit incarnée par des élus, avec d’un côté des dirigeants au Conseil européen et de l’autre des députés au Parlement qui, tous, assument ce qu’ils votent ou décident. Pendant trente ans, les décideurs se sont réfugiés derrière l’excuse « Bruxelles m’impose… » en oubliant de mentionner qu’ils étaient autour de la table… Qu’on arrête de dire que la Commission décide de tout ! Son rôle est d’exécuter les décisions prises par les chefs d’État et de gouvernement. En revanche, il faut désormais que le Parlement européen puisse disposer du pouvoir d’initiative des lois, qu’on cesse de le traiter comme un mineur démocratique. [Bien évidemment l’idéal aurait été de dire, d’exiger, une réforme des statuts européens pour que ce soit le Parlement et uniquement le parlement européen qui accepte ou réfute les lois et directives européennes, car en la matière il faut relire les statuts c’est bien la commission européenne qui au final décide de tout, reléguant de fait le rôle du parlement européen, un rôle uniquement indicatif puisqu’il ne peut en aucun cas seul, accepter ou rejeter un projet. MC]

  • Beaucoup de nos concitoyens s’inquiètent de l’influence des lobbies sur le travail du Parlement européen. Que proposez-vous ?

Nous voulons rendre l’Europe plus transparente et indépendante des lobbies. Nos députés sont les seuls à avoir signé une charte exigeante en matière de transparence. Pour les députés de ma liste, toute activité rémunérée incompatible avec l’intérêt général en parallèle au mandat de député sera proscrite. Nous proposons de créer un organe indépendant pour superviser les questions relatives à l’éthique au sein des institutions comme au sein des agences et d’interdire le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères et des entreprises. Il y a un problème de confiance à restaurer. […] [Sortez les flutiaux, raisonner musette… à qui Nathalie Loiseau va-t-elle faire croire de telles sornettes ? MC]


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Propos recueillis par Emmanuel Berretta et Etienne Gernelle pour « lepoint.fr ». Titre original : « Nathalie Loiseau : « Pour une Europe des solutions, pas des idéologies » ». Source (extrait)