Étiquettes

,

Arnaud Lagardère : près de 500 millions de revenus sur un empire qui pourtant vacille !

Salaire de PDG, dividendes, ponction sur les profits, son portefeuille est plus prospère que sa boîte

Encaisser près d’un demi-milliard d’euros tout en faisant perdre à son groupe plus de la moitié de sa valeur : c’est la jolie performance réalisée par Arnaud La­gardère depuis qu’il a remplacé son père, Jean-Luc, à la tête de la boîte, en avril 2003. Un exploit financier mais pas vraiment industriel…

A quelques jours de l’AG de Lagardère, le 10 mai, des actionnaires irrités par les performances catastrophiques du groupe (édition, médias, spectacles) ont voulu savoir combien leur coûtait son patron. Ils n’ont pas regretté leur curiosité. En collationnant les informations que toute société cotée en Bourse est tenue de fournir dans ses rapports publics annuels, ils sont arrivés à des totaux effarants.

Drôle d’histoire de totaux

A titre de dirigeant (il est le gérant difficilement « déboulonnable » de la commandite régnant sur le groupe), Arnaud Lagardère a perçu, depuis son intronisation, 36 millions d’euros.

En tant qu’actionnaire (il possède 7,4 % des actions du groupe, loin derrière les 13 % du fonds souverain du Qatar), il a également touché 410 millions d’euros.

Ultime douceur : il a bénéficié d’un « dividende statutaire » versé à sa holding personnelle et correspondant à 1 % du bénéfice distribué chaque année (soit 50 millions de plus).

Total ? 496 millions d’euros en seize ans, ou 31 millions d’euros par an.

Plus du double de Carlos Ghosn, donc, à l’époque où la rémunération du patron de l’alliance Renault-Nissan donnait lieu à des polémiques. Avec cette différence : en quinze ans, Ghosn a fait de son groupe l’un des trois premiers mondiaux.

Lagardère, lui, a poursuivi sa descente aux enfers.

A l’arrivée d’Arnaud Lagardère, le groupe valait 6,4 Mds d’euros en Bourse.

Ce chiffre est aujourd’hui tombé à 3,2 — une dégringolade de 50 % alors que, dans le même temps, la valeur des actions cotées au CAC 40 a plus que doublé. Quant au bénéfice, il s’est lui aussi effondré, passant de 2,50 à 1,50 euro par action. Les actionnaires ravis constataient dans le même temps que le bénéfice par action des sociétés du CAC 40 explosait, multiplié par près de 3 !

Interrogé sur ces sommes extravagantes, le groupe Lagardère ne dément pas et « invite à consulter l’ensemble des documents disponibles ».

C’est ce qu’a fait « Le Canard ».

Un « surveillant » bien cajolé

Ces chiffres n’ont, jusqu’à présent, guère ému le conseil de surveillance. Représentant des actionnaires, celui-ci est pourtant chargé de s’assurer que tout se passe correctement au sein de la commandite Il peut aussi s’opposer à la nomination (ou au renouvellement) du gérant, en l’occurrence Arnaud Lagardère. Son président, Xavier de Sarrau, est rémunéré 100.000 euros par an.

Mais, en contrepartie « des diligences spécifiques » (et non précisées) qu’il assure ( Xavier de Sarrau ), indique le rapport annuel, la gérance lui accorde une rémunération supplémentaire de 240.000 euros par an. Payé par celui qu’il est chargé de « surveiller »… n’y aurait-il pas là comme un vilain conflit d’intérêts ? « Ce sujet a fait l’objet d’une question écrite lors de la précédente assemblée générale », indique la direction de Lagardère. Et d’ajouter : « Le vote qui s’est ensuivi a reconduit M. de Sarrau comme président du conseil de surveillance. »

C’est bien la preuve qu’il n’y avait aucun problème ! Mais personne ne voudrais être un de ses salariés que guette les fermetures des entreprises de cet Arnaud La­gardère.


Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 08/05/2019