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Le temps passe et nous ne savons toujours pas qui ou comment, a été déclenché l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris qui rappelons le sans avancé aucune conclusion hâtive (genre conspiration) s’est produit le soir même ou Emmanuel Macron devait annoncer ses décisions, après avoir étudié les conclusions du grand débat. MC

Il nous semblait inutile de développer les problèmes rencontrés lors de l’incendie de Notre-Dame avant d’avoir premièrement un certain recul et deuxièmement un peu plus d’informations crédibles bien qu’elles soient encore très parcellaires et pour lesquelles, certains points restent à élucider. MC

Les témoignages recueillis par « Le Canard » auprès d’employés d’Elytis sont éloquents : le ministère de la Culture, qui rémunérait cette société chargée de la sécurité de Notre-Dame, a sérieusement mégoté sur la prévention des incendies.

Le personnel affecté cette tâche était insuffisant et parfois recruté chez des sous-traitants. En décembre 2015, après avoir renoncé à toute garde nocturne (disposition pourtant prévue par le plan de sécurité de la cathédrale élaboré en 2013), la Direction des affaires culturelles a supprimé l’un des deux agents jusqu’alors affectés au PC de sécurité installé dans la sacristie.

Résultat : quarante mois plus tard, lorsque, à 18 h 16 le 15 avril, un voyant lumineux signale un début d’incendie, un seul veilleur se trouve dans le local. En poste depuis seulement quelques jours, il connaît mal cet édifice, réputé très complexe, dont les spécialistes s’accordent à dire qu’il faut des mois pour en connaître tous les recoins.

Aussi quand il indique par radio au surveillant (payé, lui, par le diocèse, et chargé également de la sécurité incendie) qu’un détecteur de fumée s’est enclenché, il se trompe d’endroit (contrairement à ce qu’ont affirmé les patrons d’Elytis). Au lieu d’indiquer les combles de la nef, il pointe celles de la sacristie, qui se trouvent à l’opposé, à un niveau très inférieur. « Avant, quand il y avait deux personnes au PC sécurité, chacun faisait des rondes à tour de rôle, ce qui permettait de bien se familiariser avec les lieux », résume un ancien employé d’Elytis.

Style pompier ?

Il faudra attendre une deuxième alarme pour que le surveillant, accompagné, du régisseur de la cathédrale; localise enfin l’incendie et que ce salarié d’Elytis en poste dans le PC incendie alerte les pompiers. Il est alors 18 h 51.

Les comptes rendus de sécurité épluchés par le Palmipède montrent qu’à de nombreuses reprises des salariés d’Elytis avaient, en vain, alerté leur hiérarchie sur le manque d’effectif et les dysfonctionnements du système anti-incendie. « Si je suis aux toilettes ou en pause, comment je peux savoir que le système d’alarme incendie se déclenche ? » s’inquiétait un employé dans un « rapport d’incident » de mai 2015. Contactée, la société Elytis n’a pas donné suite.

Les représentants de l’État, eux aussi, ont du mal à répondre à cette question brûlante : pourquoi le monument le plus fréquenté d’Europe (13 millions de visiteurs par an) ne disposait-il pas comme le château de Versailles ou les musées du Louvre et d’Orsay de la présence permanente d’un peloton de sapeurs-pompiers ? Les économies de bouts de chandelle conduisent parfois à l’embrasement…

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Les policiers chargés de l’enquête ont profité de leur première visite à Notre-Dame, le 25 avril, pour saisir à la sacristie une copie des documents concernant l’électrification des cloches de la flèche et de celles qui étaient cachées dans les combles de la croisée du transept (« Le Canard », 24/4).

Le service de police veut savoir qui a autorisé la pose de ces câbles électriques dans la charpente en 2007 et en 2012 et connaître leur niveau de sécurité contre les courts-jus.

De son côté, le recteur de la cathédrale a fait savoir au « Canard » que, selon des documents retrouvés par ses soins, cette électrification avait bien été décidée et payée par l’Église, mais que les travaux se sont déroulés avec la bénédiction de la direction régionale des affaires culturelles et de l’architecte en chef des monuments historiques de l’époque, Benjamin Mouton.

Celui-ci a cependant déclaré la semaine dernière au « Canard » que l’électrification des cloches de la flèche était alors « provisoire ». Elle ne devait durer que le temps du chantier de remplacement des cloches des grands beffrois afin d’éviter que la cathédrale ne reste muette.

En fait, personne au ministère de la Culture (pas même un architecte) ne semble s’être opposé aux desiderata du recteur de Notre-Dame, qui, de par ses fonctions, est l’un des plus proches collaborateurs de l’archevêque de Paris.


Christophe Labbé et Hervé Liffran. Le Canard enchaîné. 30/04/2019