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Si parfois la peste brune, répand en toute clarté de scélérates valeurs sur les réseaux sociaux, elle utilise aussi les manières les plus insidieuses, les plus cachés (comme des images subliminales) pour diffuser des allégations dangereuses, haineuses, xénophobes, le plus souvent en toute impunité. Pourtant…

Pourtant …

Le ministre de l’Intérieur n’a pas attendu le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur la lutte contre les groupuscules d’extrême droite en France. Le 24 avril, il a dissous Bastion social, un groupe néofasciste fondé en 2017 par des anciens du non moins facho GUD.

Macron avait demandé cette mesure, le 20 février, à la suite de la profanation de 96 tombes dans un cimetière juif alsacien. La commission d’enquête (mise en place en décembre après les premières violences au sein des gilets jaunes) rendra son rapport le 11 juin. Ses auditions publiques, encore en cours, permettent déjà de dresser un sidérant état des lieux.

Les mini-groupes radicaux recrutent peu.Selon les spécialistes auditionnés, ils comptent, à tout casser, entre 2.000 et 3.000 militants, dont 200 à 300, selon le ministère de l’Intérieur, auraient fait le coup de poing à l’occasion des manifs parisiennes de gilets jaunes. Mais Internet leur permet de toucher un public de plus en plus large.

Le roi des sites facho-conspirationnistes ?

Celui d’Alain Soral, maintes fois condamné pour négationnisme ou incitation à la haine raciale (et, le 15 avril, à 1 an de prison ferme). Sa prose lui vaut plus de 7 millions de connexions chaque mois !

Cyberflics débordés

Non moins violent, raciste et antisémite que le précédent, le site Démocratie participative pouvait compter sur 900.000 visiteurs avant que la justice réclame son blocage. Introuvable sur Google, il s’épanouit désormais sur Qwant, le moteur de recherche français !

En toute impunité ? L’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication n’emploie que 25 personnes pour surveiller la Toile, mais tout de même…

Les groupuscules raffolent des réseaux sociaux, très pratiques « pour toucher le cœur de cible que constituent les 16-25 ans », souligne le fachologue Jean-Yves Camus. Mais ils investissent aussi les messageries cryptées comme Telegram et WhatsApp, sans parler de la plateforme russe VKontakte, où Alain Soral compte des milliers d’amis…

Pubs nazillardes

L’extrême droite essaime également dans des forums et espaces collaboratifs comme « jeuxvideo.com » ou Agora-Vox, d’où sont parties « plusieurs attaques en meute » accompagnées de lynchage verbal et de menaces de mort, comme celles lancées, en 2017, contre la journaliste Nadia Daam.

Et l’argent ? Il ruisselle aussi, observe la commission d’enquête, via des plateformes participatives telles que Leetchi ou Tipeee. En 2018, Génération identitaire a pu financer un bateau anti-migrants avec des fonds américains (150.000 euros) grâce à la plateforme « alternative » WeSearchr. Parmi les gentils donateurs, d’ex-membres du Ku Klux Klan. Corne d’abondance, la publicité par l’intermédiaire de Google 26 % des sites de haine en bénéficient !

Contrairement aux gouvernements, les préfets et les services de renseignement ne sont pas toujours partisans de dissoudre ces groupuscules. « Mieux vaut pouvoir les surveiller que de les laisser dans la nature pour éviter qu’ils passent à l’action », explique l’universitaire Stéphane François. De l’avis de tous les experts, c’est d’abord sur Internet (vigilance, blocage de sites) que se mène la bataille. Avec une part croissante des réseaux sociaux.

Hérault malheureux

Sur YouTube, 8 millions de vidéos ont été retirées, dont 70 % détectées automatiquement. « Il faut faire en sorte que les mêmes outils soient utilisés dans le domaine de la publicité », plaide Benoît Tabaka, de Google France. Facebook a commencé à faire le ménage en excluant, par exemple, Génération identitaire, et en changeant ses règles d’utilisation. Mais les Gafa ne sont pas gérés que par des algorithmes.

Invité à témoigner devant la commission, Anton’Maria Battesti, responsable des affaires publiques de Facebook, a insisté pour comparaître à huis clos afin de se protéger de ceux qui, dit-il, « agissent en toute impunité et profèrent des menaces de mort ». La peur règne !

Comme le soulignent les invités de la commission, la fachosphère se déploie aussi « dans la vraie vie ». Avant sa dissolution, Bastion social ouvrait des bars et s’illustrait dans des actions de maraude ou des soupes populaires.

Dans l’Hérault, huit micro-formations empoisonnent la vie locale. Parmi elles, la Ligue du Midi, qui, en juin 2017, a détruit les locaux d’une association d’accueil de mineurs étrangers isolés et participé aux violences à l’université de Montpellier.

A La Salvetat-sur-Agout, où elles se sont installées, les « Brigandes » (une quarantaine de militantes) font régner une ambiance délétère. Selon l’avocate Sophie Mazas, présidente locale de la Ligue des droits de l’homme, les personnes qui souhaitent porter plainte se voient opposer un refus systématique à la gendarmerie de La Salvetat.

Sur Internet, la police est peut-être un peu plus compréhensive ?


Jean-Michel Thénard. Le Canard enchaîné. Titre original : « Des bestioles brunâtres prolifèrent sur la toile ». 30/04/2019.