Conférence de presse de Macron, suite. La vision de Christian Jacob.

Christian Jacob. En ne changeant pas de cap, il prend un risque majeur pour la cohésion du pays.

Six mois se sont passés depuis le début de la crise des «gilets jaunes». Le grand débat a été pensé comme un moyen de gagner du temps, d’amadouer les élus et d’endormir les Français. Or les causes de cette crise sont identifiées et rien, dans les annonces floues du président, ne permet de dire qu’un début de réponse a été apporté.

L’avenir nous dira s’il a galvaudé sa seconde chance. Si c’est le cas, ce sera un formidable gâchis car finalement, ce sont les chances de la France qu’il gâche.

  • Ces mesures sont-elles finançables selon vous?

Les questions du pouvoir d’achat et du niveau des impôts restent les questions primordiales. Mais nous n’avons rien entendu sur la baisse des dépenses publiques. Donc, si les impôts baissent, cela sera financé par plus de dette pour nos enfants. La France de M. Macron est devenue la championne de la dépense publique, du déficit et de la dette.

  • Mais certaines propositions de l’exécutif étaient aussi réclamées par LR. Vous les soutiendrez?

Comme souvent avec M. Macron, il y a une différence entre les paroles et les actes. Le groupe LR à l’Assemblée nationale a proposé en avril une proposition de loi pour baisser de 10 % l’impôt sur le revenu de tous les Français avec un plan détaillé de réduction des dépenses publiques. La majorité a rejeté notre proposition. Elle y revient mais sans dire comment et qui sera concerné. Nous demandons donc une loi de finances rectificative dans les plus brefs délais.

Ce sera pour nous le moment de faire un point précis sur le sort des retraités de France qui restent les sacrifiés des annonces de M. Macron. On attendait un geste fort pour la CSG des retraités qui continuent à subir son augmentation. Là encore, rien! On attendait la réindexation immédiate des pensions pour tous. Rien avant 2020 ou 2021. M. Macron présente la réindexation comme un cadeau. Elle est tout simplement un droit garanti par la loi. Pour les retraités, c’est aussi le grand flou. Nous sommes inquiets des conséquences d’une réforme des retraites par points dont personne ne comprend la philosophie. Parce qu’il n’a pas le courage de mettre cartes sur table avec une mesure d’âge, M. Macron propose un marché de dupes.

Enfin, sur la décentralisation ou encore le débat au Parlement sur la politique migratoire, ce ne sont que des effets d’annonce.

  • Le chef de l’État s’est dit prêt à lever l’objectif de suppression des 120.000 fonctionnaires. Qu’en pensez-vous?

En deux ans, le gouvernement a supprimé 5000 postes de fonctionnaires sur les 120.000 prévus. M. Macron a juste pris acte de son échec. Comme avec M. Hollande, il est probable qu’on finisse avec une augmentation du nombre de fonctionnaires car il n’a pas une réelle volonté de réformer l’État. D’ailleurs, s’il l’avait, il n’utiliserait pas un leurre avec la suppression démagogique de l’ENA et des grands corps. […]

Depuis deux ans, le pouvoir a déconsidéré les territoires.

Le président a ensuite utilisé les maires comme une bouée de sauvetage. Si la crise a permis d’éviter qu’il continue à les humilier, elle aura servi à quelque chose. Maintenant, on jugera aux actes. Le président demande au Parlement de se réformer. […]

  • Quel bilan tirez-vous des deux ans d’Emmanuel Macron à l’Élysée?

Un échec budgétaire, fiscal et économique. Des annonces de réforme très peu suivies d’effet depuis deux ans. Et un acte II du quinquennat qui risque de se terminer comme le premier, par une grande colère des Français qu’il n’a réussi ni à contenir, ni à apaiser.


Marion Mourgue, Le Figaro. Titre original : « Christian Jacob : « Emmanuel Macron propose un marché de dupes » ». Source (extrait)


4 réflexions sur “Conférence de presse de Macron, suite. La vision de Christian Jacob.

  1. fanfan la rêveuse 30/04/2019 / 07:21

    Nous avons un président qui parle rarement mais très longtemps et sans jamais vraiment donner de détails sur ces projets. J’ai le désagréable sentiment que ces derniers mois de concertation ne vont rien donner, par contre ils auront coûtés une très belle somme…
    Bonne journée à vous Michel !

  2. jjbey 30/04/2019 / 09:50

    Ran Tan Plan donne de la voix, lui qui voulait augmenter la tva de 2% ce qui aurait encore diminué d’autant le pouvoir d’achat de tous y compris des plus pauvres peut se permettre de vilipender Macron. Le défenseur immuable du système protecteur des magouilles de son maitre à penser, chien fidèle de Fillon, pourrait avoir la décence d’un profil plus bas. Mais on ne se refait pas.

  3. Pat 30/04/2019 / 10:31

    On nous présente une alternative sociale uniquement comme étant génératrice de dettes ou de suppression des services publics et tant que nous resterons dans cette optique, aucune chance que le petit peuple adhère.

    • Libres jugements 30/04/2019 / 11:10

      Bonjour,
      je réécoutais une intervention de Jean-Luc Mélenchon dans le show du samedi soir « On n’est pas couché » qui expliquait à Vanessa Burgraff (l’éditorialiste de service de Ruquier) qui expliquait la valeur de la dette française d’une manière fort ludique. Je suis loin d’être un économiste, juste quelqu’un de cartésien, aussi à l’écoute de sa démonstration ai-je été conquis – je dois dire que je ne suis pas un adepte est loin de là de Jean-Luc Mélenchon, tout en lui reconnaissant ses qualités de tribun qu’il m’est arrivé parfois de constater, lors de quelques débats auxquels j’ai assisté. Si ses discours entraînent, enflammes les présents, à froid, ses qualités orales disparaissent et se confrontent à la réalité du terrain.

      Pour répondre à votre questionnement, il est vrai qu’il y a des études présentant des alternatives à la gestion de la société actuelle, établies autant par des économistes réputés, sociologues philosophes, politiques, existent sauf et le sauf est justement la pierre angulaire anti alternative qui ternit, ternira, ternirait la marchandisation internationale et bien évidemment ferait lever bon nombre de boucliers (banques, entrepreneurs, actionnaires, boursicoteurs, fonds de placement, etc.) qui entraineraient une guerre économique selon les critères capitalistes du monde (voir le Brésil, Cuba, Venezuela, Irak, Libye, etc.).

      En toute cordialité
      Michel

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