Suite de la causerie macronesque !

Après les annonces de Macron, Édouard Philippe réunit son gouvernement ce lundi [29 avril 2019] pour réfléchir à la mise en pratique des réponses à la crise des gilets jaunes.

L’expression est désormais consacrée. Il convient au gouvernement de « mettre en musique » la partition élaborée jeudi [25 avril 2019] par Emmanuel Macron au cours de sa conférence de presse dans laquelle il a tiré les conclusions du grand débat et des cinq mois de crise traversés par le pays. […]

[…] A charge donc pour eux d’entrer dans la précision quand le président de la République s’est contenté de fixé le cap, avec très peu d’annonces prêtes à l’emploi; c’est notamment le cas de la pérennisation de la fameuse prime Macron défiscalisée ou de la non-désindexation des retraites.

Voici en revanche quelques-unes des questions auxquelles ce séminaire et les jours prochains vont devoir apporter des réponses. 

Quel cadre pour la baisse d’impôts de 5 milliards? 

« Un geste significatif pour l’ensemble de ceux qui y contribuent. »

Voilà comment Emmanuel Macron a parlé de la baisse d’impôts de cinq milliards d’euros qu’il veut faire l’an prochain. Dès le lendemain, Bruno Le Maire a annoncé que 15 millions de foyers fiscaux en bénéficieront.

Mais de quoi exactement pourront-ils bénéficier? Et de quelle manière?

Les contours sont encore flous: on évoque la création de nouvelles tranches pour adoucir l’entrée, la baisse du taux de certaines tranches… Gérald Darmanin a évoqué pour sa part une baisse d’environ 10% pour tous les Français qui payent cet impôt sauf les plus riches [dans quel sens faut-il prendre cette dernière affirmation ?].

  • Mais il convient de trancher le plafond. Il faudra peut-être attendre le débat sur la loi de Finances à l’automne pour arrêter définitivement les critères.
  • Le gouvernement doit aussi chercher les moyens de financer ces cinq milliards de rentrées fiscales en moins.
  • Le chef de l’État a parlé de la suppression de certaines niches fiscales, mais aucune n’a encore été formellement actée.
  • Il a également évoqué l’idée de « travailler davantage », mais sans toucher à l’âge de départ en retraite ni supprimer de jour férié.
  • Un système de décote pourrait voir le jour, mais rien n’est très clair pour le moment.

C’est quoi le nouvel acte de décentralisation? 

Pour tenter de retisser le lien avec les élus et les territoires, Emmanuel Macron a promis jeudi de lancer un nouvel acte de décentralisation qui doit porter « sur la politique de la vie quotidienne » comme « le logement, le transport, la transition écologique pour garantir des décisions prises au plus près du terrain ». Une loi aboutira au premier trimestre 2020 mais les associations d’élus locaux veulent des clarifications plus tôt.

« À ce stade, beaucoup de chantiers ont été ouverts par le président, sans qu’il en précise les modalités de mise en oeuvre. Le temps est désormais aux actions concrètes et à une véritable négociation sur leur contenu », a réagi l’association des maires de France présidée par François Baroin.

Ces acteurs notent aussi « plusieurs contradictions dans le discours présidentiel ». Ils s’interrogent notamment sur les missions exactes des futures agences « France services » qui seront déployées dans chaque canton et se demandent si elles n’entreront pas concurrence avec les actions déjà menées localement.

Combien de profs en plus d’ici à 2022? 

La promesse présidentielle est faite: d’ici à la fin du quinquennat, aucune école ne sera fermée sans l’accord du maire.

En ajoutant le dédoublement des classes de CP et CE1 dans les zones d’éducation prioritaire et l’engagement qu’il n’y ait pas plus de 24 élèves en grande section, CP et CE1, il va falloir recruter en masse. Jean-Michel Blanquer a évoqué un plafond de 10.000 postes qui ne serait sans doute pas atteint, mais le ministre de l’Éducation a précisé qu’il fera des propositions dès ce lundi à Édouard Philippe. Il devra aussi apporter des précisions et des gages à la communauté éducative qui craint surtout les fermetures de classes [surtout en ruralité].

Quelles lois vont passer à l’as?

Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, le reconnaît dans Le JDD. « La partie législative des annonces du président percute un peu ce qui est déjà en cours, il y aura donc des arbitrages. Si on veut que les mesures post-gilets jaunes soient lisibles rapidement pour les Français, il y aura forcément des textes qui sont déjà dans les tuyaux et que l’on devra repousser », admet-elle.

Priorité va en effet être donnée aux réponses à la crise des gilets jaunes.

Emmanuel Macron veut par exemple soumettre la réforme constitutionnelle dès cet été pour une adoption avant la fin de l’année; cela pourrait donc compliquer encore un peu plus l’arrivée au Parlement de la loi bioéthique qui doit ouvrir la PMA à toutes les femmes ou la réforme de l’audiovisuel public qui doit être présentée dans le courant de l’année.


Alexandre Boudet. Huffington Post. Titre original : «Grand débat: après les annonces de Macron, ce que le séminaire gouvernemental va devoir préciser ». Source (extrait)