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Quelque peu étonnante, cette enquête !

Certains extrapoleront entre les différences de goût culinaire des états et l’impossibilité d’une harmonisation européenne en matière de code du travail, des salaires, de la fiscalité, de l’accès à la santé, à l’éducation, à une retraite, etc. S’il y avait en cette énumération idyllique, matière à concevoir un état européen, ne serait-elle pas l’utopie personnifiée, l’inaccessible Graal. Pour autant il ne s’agit pas de dire que l’union européenne ne sert à rien, juste qu’il faut réformer quelques articles de sa constitution pour lui permettre une ouverture démocratique, en donnant de réels pouvoirs aux élus européens. MC


Élections européennes J-28. Courrier international vous embarque chaque jour jusqu’au 22 mai dans l’un des 28 États membres de l’Union.

Aujourd’hui : la République tchèque. Une pâte à tartiner moins crémeuse, un chocolat moins intense…

Depuis des années, les pays d’Europe centrale et de l’Est se battent contre la différence de composition dans des aliments d’une même marque en Europe. L’hebdomadaire pragois Respekt retrace cette bataille et notamment les efforts de l’eurodéputée tchèque Olga Sehnalova.

Peu de thèmes en rapport avec l’Union européenne suscitent des émotions aussi fortes chez les habitants des pays de l’ancien bloc communiste que celui de la double qualité des aliments. C’est ainsi qu’est désignée la situation où les multinationales de l’industrie agroalimentaire vendent dans les commerces d’Europe de l’Ouest et de l’Est des produits sous le même emballage pour faire croire que ceux-ci sont identiques, alors qu’en réalité leur composition est différente.

Les nombreux tests effectués ont confirmé par exemple que le chocolat en Autriche contenait plus de cacao que celui vendu en République tchèque ou que les petits pots pour les enfants achetés en Allemagne étaient plus riches en vitamines que ceux distribués en Croatie sous une étiquette en tous points identique. Par ailleurs, les prix de vente des produits “de l’Est” sont souvent plus élevés qu’en Europe de l’Ouest, où les prétendus mêmes produits sont de meilleure qualité.

Un sentiment d’injustice

La pratique décrite déplaît considérablement aux habitants des pays d’Europe centrale et orientale. Elle nourrit en eux le sentiment qu’ils sont considérés comme des citoyens de deuxième catégorie au sein de l’UE, comme cela ressort des sondages d’opinion.

Les producteurs agroalimentaires expliquent la composition différente des produits vendus sous le même emballage simplement par le fait que les gens ont des goûts différents selon les régions dans lesquelles ils vivent et qu’ils s’efforcent ainsi de répondre à leur demande. […].

[…]. L’Association des consommateurs en Slovaquie, qui comparait la qualité de certains aliments achetés dans plusieurs pays d’Europe centrale, parmi lesquels figuraient l’Allemagne, la République tchèque, la Hongrie ou la Slovaquie. Sponsorisé par la Commission européenne, ce test avait permis d’établir que la majorité des produits examinés présentaient une composition très différente selon les pays dans lesquels ils étaient distribués. […].

En 2015, […] [est] organisé un […] test pour comparer des aliments tchèques et allemands. […], leur achat, leur transport et leur analyse s’étaient déroulés sous la stricte surveillance scientifique d’experts en alimentation de l’École supérieure de technologie chimique, à Prague, et ce afin que personne ne puisse contester les résultats […].

Le test en question avait mesuré non seulement les différences existantes dans la composition des produits, mais avait aussi examiné si les gens préféraient vraiment les produits de moins bonne qualité, comme le prétendaient les fabricants.

Les résultats ?

Ils ont été indiscutables. Un tiers des produits testés étaient de composition différente. Quant aux consommateurs, la majorité d’entre eux préférait les produits alimentaires de meilleure qualité.

L’exemple le plus frappant, qui avait alors été repris par de nombreux médias, était celui de la viande en boîte de la marque Tulip. Tandis qu’en Allemagne la conserve contenait du porc, en République tchèque, c’est de la viande de poulet séparée mécaniquement qui était vendue sous la même appellation.

“Cet exemple a très clairement démontré une double qualité. Avant ça, on nous disait que ce n’était pas vrai. Le discours qui nous était servi était du genre : ‘vous préférez les violettes, nous la lavande.’ Là, pour le coup, les différences étaient évidentes”, […].

 […]. Le résultat final apparaît clairement comme une victoire des pays d’Europe centrale et orientale. Une fois que la directive aura été adoptée, les producteurs seront tenus de vendre des produits différents sous des emballages clairement distincts. Ou alors d’unifier leurs recettes. Au-delà de l’aspect législatif, la double qualité est devenue un thème européen qui, déjà, contraint certains producteurs à changer leur fusil d’épaule.

Lorsque, par exemple, la Croatie a publié en 2017 les résultats de ses tests, qui établissaient la moindre qualité des compotes pour les enfants par rapport à celles vendues en Allemagne, leur producteur Hipp a décidé de commencer à commercialiser une seule et même version pour tous les pays. […].


Lu dans « courrier international », article signé Petr Horky, Paru dans : Respekt, Prague. Titre original : «Européennes 2019 – Que tous les Européens mangent le même Nutella ! ». Source (extrait)