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Rien ou si peu que cela ne vaut pas la peine d’en faire des tonnes, la conférence de presse du seigneur temporaire de l’Élysée n’a été qu’une longue représentation théâtrale d’une campagne en vue de prochaines élections.

L’avalanche de commentaires négatifs ne faisant que conforter la poursuite des revendications à tous les niveaux qu’elles soient portées par les gilets jaunes, les retraités, les salariés, la société française en général, ne feront que constater la poursuite du programme énoncé avant son élection, mit en place par son gouvernement. Toujours plus de sous (d’avantages) pour certains, toujours moins (serrage de ceinture) pour la majorité des Français. MC


Compilation d’extraits de titres des journaux ayant pour sujet la conférence de presse d’Emmanuel Macron du jeudi 25 avril 2019.

Le Figaro (service politique) : 63 % des Français n’ont pas trouvé Macron convaincant. Source (Extrait)

C’était une conférence de presse décisive pour Emmanuel Macron. Et pourtant, 63% des Français n’ont pas trouvé le chef de l’État convaincant jeudi soir, selon notre enquête Harris Interactive/agence Epoka réalisée en partenariat avec RTL et LCI. Seuls 30 % d’entre eux l’ont trouvé « convaincant » et 7 % « très convaincant ».

Parmi les mesures annoncées, 65 % des Français sont contre l’augmentation du temps de travail. 58% sont contre l’allongement de la durée de cotisation pour avoir une retraite à taux plein; 59% pensent que le non rétablissement de l’ISF est « une mauvaise chose ».

Sur l’indexation des retraites, Macron travestit la réalité à son avantage

Le Figaro, Marc Landré  – Source (extrait)

Qu’a dit précisément le président de la République lors de sa conférence de presse?

« Au 1er janvier prochain, je souhaite que nous réindexions les retraites de moins de 2000 euros et qu’il n’y ait plus de sous indexation de quelque retraite que ce soit à partir de l’année 2021 […]. [Ajoutant] « Je pense qu’il faut rebâtir cette clarté, cette lisibilité pour nos retraités», a-t-il immédiatement précisé. Dont acte, soyons-le et c’est là que le bat blesse. Pour deux raisons.

Primo, il n’y aura aucune réindexation des petites retraites l’année prochaine, contrairement à ce qu’a dit le président de la République. La raison? Simple.

Pour réindexer les pensions, encore eut-il fallu qu’elles aient été au préalable sous-indexées. Or il n’en est rien. Si le gouvernement Philippe avait en effet prévu dans son projet de loi de financement de la Sécu pour 2019 de sous-indexer l’ensemble des pensions de retraite (c’est-à-dire en réalité de ne les revaloriser que de 0,3% par rapport à l’inflation) pour les années 2019 et 2020, le conseil constitutionnel l’en a empêché en décembre dernier, après la saisine des parlementaires socialistes, en censurant la mesure pour l’année prochaine.« Au 1er janvier prochain, je souhaite que nous réindexions les retraites de moins de 2000 euros et qu’il n’y ait plus de sous indexation de quelque retraite que ce soit à partir de l’année 2021 »

Non que les sages de la rue Montpensier aient été contre le principe d’une sous-indexation des pensions (ils l’ont au contraire validé sur le fond) mais ils ont considéré, à juste titre, que la mesure concernant 2020 représentait un « cavalier budgétaire » et n’avait donc rien à faire dans le projet de budget de la Sécu 2019.

Dit autrement, ils ont cassé la disposition pour 2020, rendant donc caduque toute désindexation pour l’année prochaine. Pour être encore plus clair, il est donc techniquement impossible de défaire une mesure qui, en réalité, n’a jamais été promulguée par le chef de l’Etat lui-même.

Dans la pratique, le gouvernement Philippe ne va donc pas réindexer les petites pensions sur l’inflation au 1er janvier dans le PLFSS2020, comme le sous-entend le chef de l’Etat, mais sous-indexer à nouveau, en réalité, uniquement les retraites supérieures à 2000 euros par mois. Ce qui n’est pas tout à fait pareil, …

Secundo, Emmanuel Macron joue encore les grands seigneurs en jurant qu’aucune retraite ne sera plus sous-indexée « à partir de 2021 ». La belle affaire! Il se trouve que la mesure initiale incriminée (la sous-indexation de toutes les pensions de retraite dans le PLFSS2019) avait été prise pour… deux années seulement, 2019 et 2020, et n’avait donc pas vocation -c’est en tout cas ce qui avait été dit par le gouvernement Philippe à l’époque- à porter au-delà.

Résultat, pour être clair et parfaitement lisible des intéressés, le chef de l’Etat promet en la matière quelque chose qui n’a en réalité jamais été prévue d’être ni même votée. Il rassure en faisant mine d’annuler une décision qui n’a jamais été anticipée ou promulguée par ses soins. Nul doute que les retraités apprécieront à leur juste valeur ces deux concessions, en sortie du grand débat national du chef de l’Etat, qui n’en sont donc pas vraiment…


dessin de KIRO dans le Canard enchaîné du 27/04/2019

Pour Libération : Laure Bretton

Source (Extrait) « Macron : «Ce moment (du grand débat) m’a transformé »

Au terme de trois mois d’un grand débat national qui a souvent viré au «Macron show», le chef de l’Etat s’est offert jeudi soir une conférence de presse XXL, près de deux heures trente, pour tenter de lancer le second temps de son quinquennat, ce «nouvel acte de notre République», selon ses termes. Ce travail de pédagogie, il l’a mené avec une aisance qui n’a rien à envier à celle de ses prédécesseurs, mais sans mettre sur la table d’inflexion majeure sur la politique économique et (fort peu) sociale

Discours : Macron revendique le fond et remanie la forme. Sur les raisons profondes de ce rendez-vous devant la presse et le fait que l’on puisse parler d’une période de transition, voire de rupture :

«Je pense qu’on peut toujours mieux faire, et donc que je peux mieux faire aussi. Quand je regarde ce que ce gouvernement a fait, on a fait beaucoup de choses qui ne se voient pas tout de suite, ce qui est assez ingrat. On n’a pas assez mis l’humain au cœur du projet. […] L’impatience que j’ai eue avec moi-même, avec les membres du gouvernement, je l’ai eue aussi avec les Français. Et ça… je le regrette, je le regrette. […] Ce moment (du grand débat) m’a transformé. Je crois que j’ai touché plus pleinement l’épaisseur des vies. Parfois je n’avais pas conscience de cette attente du chef de l’Etat. Vous êtes en quelque sorte le point de mire, en même temps que la clé de voûte. Mais ce n’est pas grave. Je veux que les Français comprennent que j’ai senti dans ma chair ce qu’ils vivent. […] Chaque centimètre qu’on aura conquis, ce sera un centimètre de bonheur civique et républicain repris. Il n’y aura pas de répit pour moi, parce qu’il y a tant d’attente.»

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Pour Médiapart, Romaric Godin :

Source (Extrait) « Face à la presse, Macron promet qu’il ne changera rien »

En regardant le chef de l’État dérouler son discours et ses politiques, on a surtout le sentiment de se retrouver au lycée, face à un professeur qui fait la leçon à des élèves qui n’auraient pas bien compris ce qu’il tente pourtant de leur expliquer depuis deux ans. Abordant d’emblée le sujet des gilets jaunes, qui réunissait tout le monde ce jeudi 25 avril, Emmanuel Macron a donné sa vision des cinq derniers mois de crise sociale et de l’évolution de la mobilisation. Ce fut d’abord, selon lui, l’expression d’« une impatience que les choses changent plus vite, plus radicalement », puis très vite apparurent des « injonctions contradictoires », elles-mêmes remplacées par un mouvement « récupéré par les violences de la société, l’antisémitisme, l’homophobie, les attaques contre les institutions, les journalistes parfois, les forces de l’ordre », comme si toutes les personnes qui continuaient à se mobiliser en ce printemps ne portaient plus aucune revendication légitime.

« Je n’ai pas découvert notre pays avec ce grand débat, mais j’ai pris conscience de l’épaisseur des vies », a-t-il assuré. Emmanuel Macron aura aussi eu tout le loisir de répéter encore et encore que certaines de ses formules qui ont marqué les esprits – « traverser la rue » étant sans doute la plus célèbre – ne sont pas le reflet de son arrogance, mais qu’elles sont perçues comme telles uniquement parce qu’elles sont sorties de leur contexte. « Vous ne m’aidez pas », a-t-il lancé aux journalistes, en guise de remontrance, oubliant un peu vite que dans « contre-pouvoir », il y a « contre ». Au regard de la conférence de presse qui se tient sous nos yeux, on pourrait presque le comprendre. Dans la salle, des rires fusent. Tout est extrêmement feutré et policé. Il y a là des centaines de journalistes et pourtant, pas une seule question sur la liberté de la presse n’est posée. De même que rien n’est dit des violences policières, malgré les centaines de blessés, de mutilés recensés depuis cinq mois. En revanche, on aura voulu savoir comment le président de la République se sentait, s’il avait changé, s’il pensait déjà à se présenter pour un deuxième mandat. Que du très passionnant, en somme.


Et maintenant… va-t-on s’étonner que les revendications se poursuivent. Redoutons ce samedi 27 avril.

Une grande majorité des Français, bien évidemment, seront en accord avec la poursuite des manifestations. Espérons qu’elles ne dégénèrent pas en batailles de rue. Macron n’aura qu’à s’en prendre à lui si cela arrivait. MC