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Une interview dans les Inrockuptibles a retenu mon attention. C’est un homme libre qui s’exprime dans ses expressions familières.

  • Quel regard portes-tu sur les mouvements des gilets jaunes ?

Jean-Louis Murat. Pendant la tournée automnale d’ « Ile Francese », on a bouffé de la route et donc rencontrer des gilets jaunes autour des ronds-points.

À l’origine, je voyais des motards agressifs et des chasseurs bourrés qui voulaient nous faire descendre du camion. Au fil des jours, j’ai discuté avec des automobilistes dont les voitures ne passent même plus le contrôle technique.

En deux semaines, j’ai tourné casaque. Je suis devenu farouchement gilets jaunes, avant d’enregistrer six morceaux d’une seule traite et de les sortir en « loucedé » chaque samedi.

Malheureusement, la société s’est organisée de telle sorte que les artistes n’apprennent jamais partie. Ou plutôt que les artistes prennent le parti des jambons, sinon des jambonneaux.

  • Le morceau « Gilet#4 », est ouvertement une charges anti Macron.

Le mouvement des gilets jaunes reflète une expression méprisante et hallucinante, du pouvoir contre le peuple. Macron a quand même dit que « les gens qui avaient raté leur vie portent des gilets jaunes ». C’est insupportable et inaudible d’entendre ça !

Alors il fallait bien le chanter : « dis donc, c’est toi qui m’as dit loser, toi le puceau ». Au départ je n’avais rien contre ce président, il fallait bien lui laisser la chance du débutant. Après deux années de pouvoir, Macron s’est malheureusement révélé être un vulgaire apprenti, un faux intellectuel et est un vrai méchant.

Je dirais même qu’il a des comptes à régler d’autres psychologiques. Je n’aimerais pas être son surmoi. Ici, en Auvergne on est au cœur du sujet.

En connaît des fins de mois difficiles, les voisins en galère, la hausse du prix du Frioul, la fermeture des écoles ou l’éloignement des services publics. L’autre samedi je suis allé à Clermont-Ferrand pour observer le mouvement depuis l’intérieur sur la place de chaude. Il faudrait même enregistrer un disque entier sur les gilets jaunes, qui pourraient servir à documenter un jour le travail archiviste, voire d’un historien. […]

  • Comment ce mouvement social est-il perçu dans le milieu de la chanson ?

Dans le milieu des intermittents du spectacle, je suis absolument sidéré que personne ne soit « gilets jaune ». Je baigne dans un monde où les artistes se sont embourgeoisés. Ils sont devenus, sans même s’en rendre compte, des agents télécommandés du pouvoir.

Ça fait 30 ans que je le répète, mais ça me file encore plus la rage aujourd’hui. La contre-culture existe plus. […]

Jean-Louis Murat est d’abord et avant tout un auteur qui interprète ses chansons et comme tous les auteurs il faut prendre la peine d’écouter les paroles. Il n’a jamais donné dans le commercial c’est ce qui lui fait dire :

« je ne dirais évidemment pas que j’ai recherché l’insuccès, mais d’être adoubé par un peuple qui ne jure que par Johnny Hallyday ou Patrick Bruel, m’aurait sacrément embêté. La France reste le pays de la revanche des médiocres. »


Une interview réalisée par Franck Vergeade pour les Inrockuptibles. Titre original : « Je me sens toujours page chanteur français ». Source (extrait)


il nous paraît difficile de ne pas qualifier Jean-Louis Murat avant tout de contestataire libertaire, qui par ses positions personnels (au demeurant respectables) ne fera certainement pas avancer par ses écrits ou ses chansons la société vers plus de liberté, d’égalité, de fraternité. N’empeche que libertaire tout comme Leo Ferre, j’aime ses textes. MC