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A l’heure où s’organise en sous-main à l’initiative du gouvernement, une campagne de dons géantes destinées à la réparation de la cathédrale Notre-Dame de Paris, à l’heure où ce sont prononcés des chiffres de dons, frisant l’indécence totale, il est bon de rappeler un certain nombre de vérités. Commençons par le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté qui en voyant les sommes proposées, ont bien du chagrin à se voir autant délaissés au profit d’une bâtisse fut telle représentative de la nation. MC

Depuis trente ans, les gouvernements occidentaux usent de multiples artifices pour réduire la fiscalité et leurs dépenses. L’un d’eux consiste à sous-traiter les services sociaux que l’on ne souhaite plus financer à des bénévoles et à des organisations caritatives, tout en encourageant la charité privée et la philanthropie. Bref, à solliciter l’aumône de ceux que l’on a renoncé à imposer. […]

Au profit des églises, le plus souvent !

Quelles municipalités songeraient aujourd’hui à refuser le cadeau d’un milliardaire ? […] Dans la plupart des pays occidentaux, la contraction des dépenses publiques a rendu la générosité privée en apparence indispensable.

Fortement médiatisées, les largesses des riches et des entreprises ne constituent pourtant que la partie émergée de l’iceberg philanthropique. Il existe également une « philanthropie de masse », encouragée par les pouvoirs publics, qui ont mis en place des systèmes de dons défiscalisés, au risque de dépouiller l’État de certaines de ses recettes.

Chaque année, les ménages français versent plus de 4 milliards d’euros (soit 0,2 % du PIB) à des organismes sans but lucratif. Un chiffre inférieur à celui du Canada (6 milliards d’euros, 0,5 % du PIB), du Royaume-Uni (11 milliards d’euros, 0,7 % du PIB) et surtout des États-Unis. En 2013, plus de neuf foyers américains sur dix ont fait un don, pour un montant total de 241 milliards de dollars (175 milliards d’euros), soit 1,4 % du PIB. Une bonne partie de ces dons revenait aux Églises.

Contrairement à l’image que ses promoteurs se plaisent à donner de lui, le secteur associatif et communautaire n’est pas seulement le fruit de l’engagement spontané des citoyens. Il est également le résultat d’une stratégie des gouvernements visant à se désengager des services sociaux à moindres frais : outre qu’ils embauchent leurs salariés sous des statuts peu protecteurs (en France, les contrats précaires et les temps partiels subis sont par exemple deux fois plus nombreux dans le secteur associatif que dans le secteur marchand), les organismes du tiers secteur dépendent des millions de bénévoles qui fournissent du travail gratuit.

La pauvreté, par exemple, fait l’objet d’une prise en charge largement associative et bénévole, via de grosses structures, comme Emmaüs ou les Restos du cœur, ou de petits organismes locaux. […]


Benoît Bréville. Le Monde Diplomatique. Source